à demain.
Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
Près d’ici il y a une « friche culturelle ». Des anciens entrepôts qui ont eu du pot : pas de promotion immobilière, point de supermarché marchand de moquette ou bricolage pour
quadra aux 35 heures.
Une friche, une vraie, avec des artistes, des vrais. Certains vivent même dans des camionnettes / camions aménagés. En plein cagnard, c’est dire si la fibre artistique est dure à cuire.
Des grafs, tags, dessins, sculptures ornent les murs et chaque parcelle de béton de ces anciens ateliers. Une usine à gaz, si on considère comme tel celui qui sort des bombes de peintures agitées
frénétiquement par les dessinateurs. Certains ont du talent. D’autres moins. Une affaire de goût, c’est sûr.
Pour ne pas piller la propriété intellectuelle de ces artistes en béton (il n’y a que peu d’herbe, et dans la plupart des cas déjà fumée), je ne prend aucun cliché des grafs & tags en
question.
Pas grave, mon capitaine : il suffit juste de lever les yeux, pour voir d’autres formes qui, elles aussi, méritent le détour.
A chacun son jouet. Un appareil photo fait très bien l’affaire.
Les Gitans
Il fait beau au soleil sur le pont. Je regarde les gitans de l’autre côté du port. Ils sont beaux. D’ici je ne vois pas leurs têtes, ils sont justes beaux d’être, tous ensemble devant leurs
caravanes à s’agiter autour de leur conversation. Ils doivent parler très fort, j’en entend des bribes par dessus le bruit des voitures. Leur présence rayonne sur le port, on sent qu’ils existent
très fort. C’est pas comme l’autre, qui vient avec sa Porsche surveiller son petit voilier ; ni même comme les clodos du pont qui eux rayonnent la résignation. D’ailleurs ils sont partis
c’est peut-être à cause des gitans.
Une petite boule rouge s’active autour du groupe, elle tient un balais qui fait deux fois sa taille, elle fait des pas immenses et secs, et le manche virevolte au dessus de sa tête. Elle paraît
chargée d’électricité. D’ici sa robe lui tombant jusqu’au pieds m’apparaît comme un cerf volant frétillant dans le soleil de printemps.
Je t’avais peint ce tableau avec des mots, mais j’ai gardé pour moi cette lettre, cette journée qui m’ouvrait sa fenêtre.
(Mano Solo)
(à suivre...)