Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 14:00



Nous avons bien pris acte que c’est la crise, la récession, la dégringolade financière, le temps des patates est de retour (pour certains il ne fait que continuer), la fin de partie pour tous ceux dont le métier était de jouer avec l’argent, le tiens, le mien, le nôtre pour être plus précis. Qu’on se rassure, beaucoup de ces joueurs sont à l’abri des embiernes - comme on dit dans la capitale des Gaules - grâce à des matelas de fric confortables, et durement amassés depuis des lustres.
Mais d’autres ont déjà trouvé une reconversion, tel ce peintre aux pastels, qui, après discussion, accepta le cliché volé. Il faut bien vivre, me disais-je, et si les anciens banquiers accrocs de la finance pouvaient laisser filer au grand jour la fibre artistique qui sommeille en eux, le monde s’en porterait peut-être un peu mieux. Mais je vois déjà poindre en vous, lecteur à la sagacité bien affûtée, un sourire de compassion : quelle candeur ! Un monde d’artistes ! Un rêve éveillé, un cauchemar pour d’autres…



« Pas de souci », selon l’expression très en vogue et terriblement rasoir (égratignée, parmi d’autres, par Philippe Delerm dans Ma grand-mère avait les même. Les dessous affriolants des petites phrases chez Point). « Pas d’souci », la rue suivante vient m’arracher à mes rêveries de saltimbanque. Nous sommes bien dans un monde où règnent l’argent, les financiers et les banquiers. Et mieux vaut avoir ses mains près de ses poches, de peur que des sous n’en tombent et se perdent. La preuve par l’image.



Par Fred Sabourin - Publié dans : regarde-la ma ville
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Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /Oct /2008 14:00

Deuxième photo de cette série sur le déroulement du temps et des saisons sur un même lieu. Automne, suite, un mois après le commencement début septembre. (ici)



Par Fred Sabourin - Publié dans : concept
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 16:07

Le nouveau film de Pascal Thomas sera sur les écrans de France et de Navarre mercredi prochain. Il s'agit d'une adaptation d'un roman d'Agatha Christie, la deuxième pour ce réalisateur, après Mon petit doigt m'a dit en 2005 ; nous y reviendrons.
Ce jeudi, il était invité dans nos studios, avec André Dussolier et Catherine Frot. Moment délicieux, on en salivait d'avance.
Et combien l'heure passa vite !




 

 


Par Fred Sabourin - Publié dans : chronique cinéma
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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /Oct /2008 09:00

(fable cynique et iconoclaste à l’usage des malpolis)




Dans un mariage, on peut s’emmerder ferme. Je ne parle pas de la mairie ou de l’église, qui mettent les convictions des récipiendaires à rude épreuve. Les uns considèrent le passage sous les ors de la République comme une formalité sans valeur, seul compte le sacré d’une église romane du XIè siècle avec le vieil oncle prêtre. Pour d’autres, c’est l’inverse, et les convictions chèrement acquises se diluent dans un simulacre de cérémonie lisse et sans saveur. Comme une vieille toile cirée qu’on a eu peine à retaper avec une éponge hors d’âge.

Ensuite vient le vin d’honneur. C’est encore le moment le plus amusant. On se rince le gosier à grand coup de champagne frais, et, au fur et à mesure de l’avancement du pince-fesses, tiède. Ce qui revient à dire qu’on se fait de plus en plus suer à mesure que se rapproche le moment tant redouté : le dîner « assis – placé » (comme aux courses de chevaux). Dans un instant nous y reviendrons. On se gave de petits fours, et il faut reconnaître aux traiteurs des trésors d’ingéniosité : ces temps-ci, les « verrines » au guacamol sont très « tendance ».
Le cocktail a néanmoins, disions-nous, quelques avantages : les bavardages y sont polis, gracieux, emprunts d’une sincérité à faire se cabrer un cheval de bois pour donner des coups de pieds. Tout le monde est beau, bien habillé, les hommes rasés de près (ou légèrement barbus, pour un négligé bc-bg très étudié), les jeunes femmes à moitié nues sous des robes transparentes, et, conséquence du champagne, de plus en plus avinées donc pour certains des proies faciles. Les beaux-parents rayonnent (même s’ils ne sont pas beaux). Les parents jubilent. On recrée l’histoire, souvent la leur, le mariage n’étant – visuellement du moins – qu’une réédition de celui célébré trente ans plus tôt.

Puis vient le moment tant redouté du dîné « assis – placé » (ndlr). Si on a de la chance, pas la peine d’épiloguer. Mais souvent, on se retrouve assis en face d’une cousine incasable et donc pas casée (on comprendra très vite que ce n’est pas uniquement à cause du physique). Ou en face d’un ami d’enfance informaticien dans le Jura. Et entre deux couples : l’un danois, rencontré lors d’un Erasmus improbable en Biélorussie ou à Barcelone. Pas de chance, ceux-ci ne parlent qu’anglais avec un fort accent du Danemark, et ne comprennent rien aux mœurs francophones. De l’autre côté, un couple de jeunes mariés avec leur premier enfant de deux mois et demi, donc ils passeront le repas alternativement absents (au début) pour aller voir « si tout se va bien ». Puis bientôt les deux (pendant dix minutes). Puis tout le reste du repas. Ils sont inquiets, la route a été longue, le petit a des rougeurs sous les fesses et pleure beaucoup. Je passe sur les discours des « amis / es », avec l’inusable (et pourtant archi usé) diaporama de la love story, des couches culottes au séjour au ski « où ils se sont dit oui devant tous leurs amis », en passant par l’enterrement de vie de garçon et de jeune fille. Enfin, là, les photos sont soigneusement sélectionnées, parce que sinon c'est le drame…

Un vrai mariage ne serait pas un vrai mariage sans le discours du père de la mariée. Ah ! Quel grand moment de littérature ! Un délice oratoire ! Parfois, il faut quand même admettre que certains s’en sortent pas si mal, à grand renfort de mise en scène (lumière tamisée, lunette sur le bout du nez, emphase dans la gestuelle et/ou le phrasé). Mais souvent, c’est une catastrophe émotive, émosionifiante, banalisante, reléguant le gendre au rang de gentil voleur qui sera toujours le bienvenu, à condition qu’il n’oublie jamais qu’avant de franchir la porte, il y a le paillasson. Sous un tonnerre d’applaudissements et un torrent de larmes, le tout s’achève sous les feux follets de la pièce montée, aux curieux petits personnages juchés en haut, prêt à choir.
Puis vient la valse, à trois temps si on écoute bien, mais, sous le contre rythme de marteau piqueur du marié raide comme un piquet – qui a souvent daigné prendre deux ou trois leçons avec sa future, sous la menace d’un divorce par anticipation – évolue rapidement en valse à mille temps. Massacre de Rostropovitch, ou Strauss, naufrage du cygne dans le beau Danube bleu. Trente secondes pas plus en solo, et les invités (souvent plus expérimentés mais la chose devient rare) viennent cacher de leurs duos le couple de mariés chancelant et au bord du précipice. Déjà.
Ensuite, après deux valses, trois rocks à papa et « Just a gigolo », les vieux sont priés d’aller se rasseoir pour finir leurs discussions sur le prix de l’immobilier dans le sud de la France et la difficulté à trouver des étudiants fiables pour la location du studio dans le 6è à Paris, et les « jeunes » se trémoussent sur de la housse, techno des années 80 – 90, bien vite rejoint par les « entre deux jeunes », quadras finissant au regain d’adulescence (non, il n’y a pas de faute d’orthographe…).

Les vieux tontons sont bourrés. Les jeunes leur trouvent d’immenses qualités de conversation, et surtout de bons cigares. Paul et Virginie s’en vont dans un buisson, la cravate en berne, une bretelle de robe déjà par terre. Et tout le reste, qu’on ne verra pas, finira dans la piscine pour un « bain de minuit » à quatre heures du matin, lorsque le DJ passera « Méditerranéenne » d’Hervé Villard, juste après « Cherchez le garçon » de Taxi Girl.



Finalement, le seul truc qui restera dans un mariage, c’est la photo des noces. Tout le monde est là. Tout le monde sourit. Tout le monde semble content. Sauf une.

Et c’est celle-là qu’on remarque le plus.



"Une noce chez le photographe" (1879). Pascal - Adolphe - Jean DAGNAN-BOUVERET

musée des beaux arts, Lyon


Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 20:00



Unique en son genre, le « Lieu Unique » est construit à Nantes sur les ruines encore beurrées de l’usine « Lefèvre Utile », LU pour les amnésiques.
Là, dans un décor fantasque et parfois incongru, l’homme a ré-apprivoisé le lieu du labeur, lieu du beurre, lieu des miettes, bref l’usine où l’ouvrier trimait au turbin en attendant le bal du samedi soir. A cette époque – un âge d’or pour certain, dans cette « nostalgisation » de notre société regrettante et regrettée – les hommes étaient payés à la semaine, buvaient la moitié avant d’arriver chez eux, ne partaient pas ou peu en vacances.
Désormais, le « Lieu Unique » résonne d’expositions, de concerts, de conversations au bar où des jeunes branchés boivent le monde en refaisant des coups, où les plus anciens viennent s’encanailler de cette fraîcheur juvénile, où les quadras aiment y tenir leur meilleur rôle, celui de bo-bo. Les trentenaires, désabusés qu’ils sont, traquent tout ce beau monde en prenant des clichés.
Même le mobilier semble unique, et, pourtant, il a un je-ne-sais-quoi de déjà vu.
Chez soi peut-être ?
Unique, c’est sûr !



 

 


 

Par Fred Sabourin - Publié dans : concept
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