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Le jour. D'après fred sabourin

Colère d'un printemps des poètes (drôle de guerre)

25 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #coup de gueule, #drôle de guerre

Tiens pour changer ce soir je suis en colère. La journée avait pourtant bien commencée, dès l’aube sur mon petit chemin proche du ruisseau. Le chant du coucou s’est fait entendre, pour la première fois de l’année. Sans doute profite-t-il lui aussi du silence et de la quiétude retrouvée ? Plus loin, coq, poules et moutons ouvraient le concert très matinal d’une semi-campagne urbaine baignée du soleil levant dispersant la brume. Pas âme qui vive, sauf à considérer que les animaux d’une cour de ferme en ont une. « Qu’est-ce que tout cela qui n’est pas éternel ? » disait Lecomte de Lisle. J’en ressentais la fraîcheur à mes pieds.
 

- Même pas une blague... -

- Même pas une blague... -

Ça n’a pas duré. Sur toutes les radios, les sites d’infos, une nouvelle injonction (encore !) : il fallait télécharger et imprimer la nouvelle « attestation de déplacement dérogatoire » peaufinée pendant que nous dormions par les sbires du Gouvernement et de son fieffé Premier ministre, le Prince Édouard Philippe Ier. Par moment, il me fait penser à Pinocchio : mais lui à mesure qu’il raconte ses mensonges, ce n’est pas son nez qui s’allonge, c’est sa barbe qui blanchit. Ses allures martiales d’adjudant-chef ne trompent personne : ce chef est tout sauf un chef de guerre, et je ne connais pas beaucoup de soldats qui accepteraient de lui emboiter le pas pour franchir un pont style Arcole étendard en main. Même une passerelle ça serait déjà beaucoup.

À chaque semaine donc, son nouveau « laisser-passer » à présenter aux pandores qui tapent – c’est bien connu – les plus cons (ils s’en trouvent pas mal ces temps-ci qui prennent le soleil dans les centres villes et les cités) ; les plus distraits ; les plus fous (ils sont désormais en totale liberté, leurs psy sont confinés dans des résidences secondaires à la campagne) ; et surtout les plus faibles. Ah ! Quel choc de simplification cette nouvelle « attestation de déplacement dérogatoire » ! Déjà la première on l’avait bien sentie sortie tout droit du cerveau d’un technocrate hors-sol et rase-moquette (si, si, c’est compatible) des ministères, avec ses formules alambiquées et son vocabulaire choisi par Montaigne, sans la Boétie. Mais la seconde… ! Avec ses notes de bas de page ! Rappelez-vous gens d’en bas, gens de peu, gens des campagnes éloignées ravitaillée par les corbeaux où la 4G est encore un souvenir lu un jour sur un prospectus, rappelez-vous, vous qui ne possédez ni ordinateur ni imprimante, qui êtes parfois illettrés pour votre plus grand malheur, que vous pouvez la « recopier à la main ». À la main ! À la plume même tant que vous y êtes, à la manière d'un Flaubert, Voltaire ou Hugo. La première « attestation » mangeait les ¾ d’une page A4. Celle de cette semaine la page entière. La semaine prochaine, gageons qu’elle débordera sur le verso. Dans trois semaines deux pages. Et fin avril, deux volumes. Cela permettra aux bleus de sortir le carnet à souche pour compenser les pertes abyssales des radars automatiques, confinés eux aussi au bord des routes et qui doivent se demander où sont passées les autos ? Mais nom de dieu de bordel de merde (oui, je suis vraiment énervé ce soir) de quel cerveau moisi empoussiéré par des années de réflexions des bacs à sables de grandes écoles d'administration un tel torchon a-t-il pu sortir ? Qu’on nous l’amène bon sang, qu’on voit sa gueule et qu’on rigole un peu ! Il doit ressembler à Agnan dans Le Petit Nicolas, en moins attendrissant, au fond. En plus triste, avec ses lunettes pour éviter qu’on ne lui tape dessus.

- Après En Marche, "rester" chez vous -

- Après En Marche, "rester" chez vous -

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, il a fallu que j’aille, avec mon « attestation de déplacement dérogatoire » ancienne formule (oui car je n’ai plus de cartouche d’encre pour ma Canon MG3550 d’ailleurs je lance un appel au don si quelqu’un possède ce modèle rare, attention de marque Canon exclusivement car « madame » n’accepte pas les génériques), au supermarché ravitailler deux personnes très âgées de ma connaissance paumées dans le bordel ambiant et n’osant plus sortir de chez elles. Bref. J’étais dans ce haut lieu culturel du quartier qui parodiait il n’y a pas si longtemps les mousquetaires, et là, le choc : le rayon yaourts et produits laitiers qui dégueule de produits, jusqu’au plafond ! Il y a à peine une semaine on se serait cru dans un supermarché moscovite au meilleur temps de l’ex-URSS, et huit jours après, plein à craquer, alors qu’à peine une dizaine de clients ne se pressaient même pas pour choper les meilleures places aux caisses !

Alors « cher » prince Édouard Philippe Ier, vous pouvez prendre vos airs de colonel en pré-retraite d’un régiment de biffins pousse-cailloux du côté de Mourmelon, vos coups de mentons blanchi ne valent rien. En une semaine, vous et vos sbires sont incapables de fournir les millions de masques chirurgicaux nécessaires à la protection de vos nouveaux héros, les personnels soignants au chevet des Français qui souffrent et trépassent en trépassant aux aussi. En revanche les rayons yaourts de vos supermarchés dans lesquels vous nous commandez d’aller avec parcimonie sont bien garnis. Le monde nouveau, celui du temps « d’après » n’est pas encore advenu. Pour qu’il vienne, promis, une fois cette « guerre » fini, et on vous les fera bouffer, ces yaourts, avec de vrais morceaux de châtaignes dedans. 

C’est décidé, je prends le maquis. Drôle de guerre.

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