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Le jour. D'après fred sabourin

Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »

26 Septembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- Mangez des pommes ! (campagne présidentielle 1995) -

- Mangez des pommes ! (campagne présidentielle 1995) -

Le souvenir remonte au printemps 1995, à Poitiers. C’était pendant la campagne pour l’élection présidentielle, Jacques Chirac commençait tout juste à remonter la pente face à Edouard Balladur (qu’il appelait Ballamou) qui avait dans un premier temps cartonné dans les sondages, au point que beaucoup le voyaient déjà à l’Élysée. J’étais étudiant en licence d’histoire à la fac de Poitiers, je rêvais de Sciences-Po, avec quelques copains nous « faisions de la politique », en trainant dans les meetings ou en collant des autocollants pour un syndicat étudiant bien à droite… J’avais poussé le vice jusqu’à m’inscrire aux « RPR-Jeunes », comme on disait à l’époque. Dans les amphis de la très gauchisante fac d’histoire, autant dire que je détonnais sévère, en veste Barbour sur chemises vichy, avec ma carte du RPR dans la poche et arborant parfois une croix de Lorraine au revers du col… Un étudiant en droit qui se serait égaré dans les sciences-humaines. J’assume, comme dirait l’autre.
 

Chirac était annoncé en meeting à côté de Poitiers, à St-Benoît il me semble, mais peu importe. C’était à quelques encablures du centre-ville de Poitiers, ça c’est certain, et nous étions quelques-uns à chercher une bagnole pour nous y rendre. Au culot, j’ai poussé la porte du siège du RPR local, demandant si, par hasard, il n’y aurait pas quelqu’un qui… Et on m’a dit : « oui, il y a quelqu’un qui ». Il restait une place libre dans une voiture où serait aussi Yves Guéna, ancien résistant, ancien ministre sous de Gaulle puis Pompidou et à l’époque encore maire de Périgueux. Que faisait-il à Poitiers à ce moment-là, je ne me souviens plus, mais enfin je pouvais aller à ce meeting dans une bagnole du cortège officiel, je n’allais pas dire non.

Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »

Le jour J à l’heure dite, je me pointe au lieu de rendez-vous, et nous voilà partis à l’aéroport de Poitiers Biard, où l’on fait le pied de grue en attendant « Chirac ». Il y a là beaucoup d’hommes en costards et des cheveux gris, peu de femmes, ça clope de partout et ça rigole, il règne une ambiance un peu bizarre d’excitation d’avant match, tout le monde semble se connaître comme à une réunion de famille. Là encore, je détonnais un peu dans le paysage, mais personne ne prête véritablement attention à l’intrus. Je suis le seul « jeune », les autres sont sur le lieu du meeting pour chauffer la salle. Il y a quand même un type de cinq ou six ans de plus que moi pour faire la jonction entre les quinquas et sexas, et moi, à peine 22 ans.
 

Enfin arrive l’avion, je ne me souviens plus quel modèle d’ailleurs mais probablement genre Falcon ou Jet. Chirac arrive, à grandes enjambées évidemment, serrant des mains par-ci, claquant des bises par-là, de bourrades dans le dos, à grands coups de « Bonjour ! Tiens, comment ça va ? ». Je suis un peu en arrière de la mêlée, j’essaie de m’approcher le plus possible, ça s’agite beaucoup autour de lui. Je suis surtout un peu penaud de me trouver là, je ne sais pas trop comment faire ni où me placer, j’ai le sentiment mélangé de ne pas être à ma place et pourtant très excité à l’idée d’assister à un moment unique. Naturellement, à l’époque, pas d’appareil photo ni de smartphone pour immortaliser l’évènement. On profite des choses avec ses yeux et son cerveau, point. Alors qu’il s’apprête à passer aux toilettes suivi par une collaboratrice de cabinet qui tient une chemise propre pliée sous le bras, il m’avise de son œil d’aigle et fend une partie de l’aréopage qui l’entoure pour venir vers moi, juste avant d’entrer. Il me tend la main, plante ses yeux dans les miens et dit, à la cantonade pour que tout le monde entende : « Ah ! Tiens ! Il y a même des jeunes ! Ça va ? » me dit-il. Je bredouille confusément : « Euh… Oui, oui… ça va très bien puisque je vous vois » ou un truc complètement raté dans ce genre-là. Il me claque l’épaule comme à un vieux copain puis tourne les talons et s’engouffre dans les toilettes dont il ressort à peine cinq minutes plus tard, une nouvelle chemise sur le dos, la veste à la main ; et tout le monde s’agite de nouveau pour monter dans les bagnoles du cortège officiel, vite, vite. Celui-ci va filer à toutes blindes escorté par les motards en direction du lieu du meeting, où deux copains m’attendent (comment sont-ils venus, eux ? Mystère). Des copains un peu félon sur les bords d’ailleurs puisque quelques semaines auparavant, ils soutenaient encore Balladur. Mais passons, nous n’en étions plus aux règlements de comptes.

- Avec son premier Ministre J.P. Raffarin -

- Avec son premier Ministre J.P. Raffarin -

Arrivés sur place, les portières claques dans tous les sens, j’ai à peine le temps de saluer et remercier mon chauffeur et les autres passagers du véhicule (dont Guéna qui me remarque à peine), puis dans une cohue indescriptible nous rentrons par la porte de derrière sur le lieu du meeting. J’atteins la salle à l’ambiance surchauffée qui scande : « Chi-rac Président ! Chi-rac Président ! Chi-rac Président ! ». Ça n’est pas mon premier meeting, non, mais c’est un des meilleurs, je ne touche plus le sol, nous sommes électrisés par cette ambiance de grand’messe en beaucoup plus fun. Mes deux copains sont surexcités et tentent de l’approcher à la fin quand il serre des mains à tour de bras, en se planquant derrière des plantes vertes et font glisser les pots sur le sol pour essayer de s’approcher « discrètement ». On se retrouve dehors sans comprendre comment, avec les pots de plantes d’ailleurs…
 

Je n’entrerai ensuite jamais Sciences-Po, j’abandonnerai toutes velléités d’action politique, ne reprendrai timidement une carte qu’en mai 2007 après l’élection de Sarko (chez le Béarnais résistant…), mais j’ai toujours gardé en mémoire le souvenir de cette folle soirée, où, un peu comme un gamin, j’étais content d’avoir serré la main de « Chirac », qui m’avait parlé.

F.S. 26/09/2019

- Le 16 mai 2007, passassion de pouvoir entre J. Chirac et N. Sarkozy -

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- En octobre 1996, le coup de sang contre le service de sécurité israélien -

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- Il fut le premier Président étranger à survoller Ground zero -

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Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »
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