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Le jour. D'après fred sabourin

Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre...

13 Décembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

"Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre. Un jour ils s’effacent, nous regardent nous éloigner, continuer une vie plus belle de ne s’appuyer sur rien. Sur rien, vraiment ? Nos livres savants et nos musiques profondes sont des poupées adultes.

J’écoute le bruit que fait l’araignée d’eau courant sur l’étang. Je frissonne au passage d’un ange pressé de rentrer chez lui. À six cents kilomètres de l’abbatiale j’entends le chuchotement de ses vitraux.

Les enfants sont de vrais moines : ils adorent l’invisible dont ils perçoivent chaque respiration. Regarder attentivement chaque escargot qui s’en va en carrosse à Versailles, c’est leur ascèse. Et puis ils renoncent. On dit qu’ils grandissent. En vérité, ils lâchent leur dieu. Quelques-uns poursuivent, traversent le monde en tenant dans le creux de leurs mains une pensée scintillante d’être puisée à la source du cœur. Toute la sainteté de la vie consiste à garder intacte cette chose qui n’a pas de nom, devant quoi même notre mort recule. Une pensée, mais non exprimable. Un amour, mais non sentimental.

Comme tous les saints, mon père n’était pas un saint. Son silence devant un ciel que le vent décoiffait disait son accord avec la vie incompréhensible aux yeux d’acacia.

Il n’y a pas d’autres raisons de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore".

Christian Bobin, La Nuit du cœur. Ed. Gallimard, 2018.

Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre...

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