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Le jour. D'après fred sabourin

Le charme désuet des cartes postales

14 Septembre 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

J’ai reçu cet été deux cartes postales. Deux phares, deux côtes, deux ambiances. Une de Bretagne, la « tempête sur le phare du Créac’h » ; une autre du phare de la Coubre, en Charente-Maritime. Si j’aime beaucoup envoyer des cartes postales, j’aime autant en recevoir. Hélas, c’est chose très rare de nos jours, à l’heure des mails et surtout des sms ! Ainsi se perd dans le monde ultra moderne hyper connecté cette délicate attention qui fait (toujours) souvent plaisir, et qui coûte – timbre compris – moins d’un euro cinquante.

Le charme désuet des cartes postales

Et pourtant… Combien elles nous enseignent, ces cartes postales, pas seulement par la surprise qu’elle procure en ouvrant la boîte aux lettres (qui elle aussi deviendra bientôt désuète). Regardons celle du phare de la Coubre, par exemple. L’image, aérienne, est parfaitement cadrée. Rien à voir avec les photos prise à bout de bras ou de perches à selfies avec un smartphone ou une tablette numérique. Trait d’union entre terre et ciel, les pieds au milieu d’une garigue plantée sur son lit de sable, la tête dans l’azur : le phare de la Coubre a fière allure. Dans son habit rouge et blanc, on le croirait prêt à se rendre aux bacchanales d’ivrognes sur la côte basque ou landaise. Droit comme un i, il ne s’enivre pourtant que de vents marins aux embruns iodés, de sel et de soleil. À ses pieds, les toitures orangées des bâtiments techniques, couvrant des murs blancs étincelants. On aperçoit aussi en minuscules, des voitures garées sur un parking chauffé au soleil. Un drapeau flotte au vent. Encore plus minuscules, marchant sur la plage adossée à la dune, des petits bonshommes, dont on jurerait des fourmis. Ce sont de besogneux vacanciers qui vont s’échouer au bord de la mer, le corps flasque enduit d’huile solaire, les épaules lesté de parasols, de jeux de plage, de glacières où fondent lentement les glaces du goûter des gosses surexcités. Un peu d’écume signale la marée montante – c’est mieux pour les photos. Et le bleu de l’océan invite à l’infini des mers…
Au dos de la carte, on vous livre la connaissance : « La Côte de Beauté… Phare de la Coubre (Charente-Maritime 17). Construit en 1905, d’une hauteur de 64 m. sa montée est de 300 marches, sa portée en mer est de 100 à 120 km. Muni d’une antenne radio-phare d’une portée de 600 km, il sert aux navigations air et mer ». On y apprend aussi que la carte est éditée chez Artaud Frères, à Carquefou (44).

 

Le charme désuet des cartes postales

Sur carte bretonne, autre ambiance : elle est non seulement visuelle (« tempête sur le phare du Créac’h ») mais aussi sonore. Elle fait appel à tous les sens : on entend le fracas des vagues écumantes sur les rochers. On sent une forte odeur d’iode. On voit l’océan se déchirer sur la côte. On goûte l’humidité du sel sur ses lèvres. On plonge les mains dans cette onde qui bout et on les ressort poisseuses d’écume. Au dos, on peut apprendre un peu de langue bretonne : « Barr-amzer war tour-tan ar C’hreac’h ». L’imprimerie est à Louannec, 22700, coincée entre Perros-Guirec et Trévou-Tréguignec. Le phare de Créac’h surveille la pointe du même nom, sur l’île d’Ouessant. C’est peu dire qu’à cet endroit du bout de la terre, là où elle finit, on a intérêt d’amarrer solidement tout ce qu’on porte sur soi et près de sa maison : ce n’est pas l’océan qui vient aux gens, ils habitent dedans !
 

La carte postale est donc bien plus qu’une simple photo instantanée envoyée pour faire plaisir à quelqu’un et lui dire qu’on pense à lui (ou elle) depuis son lieu de villégiature estivale : c’est un univers entier qui s’ouvre, une invitation au voyage, qu’on tient entre le pouce et l’index, en revenant de la boîte aux lettres avec une baguette sous le bras. En tendant l’oreille, on entend le vent. En approchant le nez, on sent les embruns, le sable chaud et les pins maritimes. Les yeux n’ont plus besoin de lire : simplement regarder.

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