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Le jour. D'après fred sabourin

Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

3 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

L’artiste est décédé des suites d’un cancer, dont il souffrait depuis 2013. Il était familialement lié au Loir-et-Cher, dont il avait chanté le charme si tendrement désuet en 1977.

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech est mort et avec lui le Loir-et-Cher perd, à son corps défendant parfois, son plus bel ambassadeur. Sa chanson titre, sortie en 1977, colle à la peau des Loir-et-Chériens aussi sûrement que le sparadrap du capitaine Haddock. « Ces gens-là ne font pas de manières » comme le dit la chanson n’ont pourtant que très peu goûté ce tube très seventies, époque moustaches et chemises à cols pelle à tarte. En voilà bien des manières au passage ! Etait-ce à cause du refrain, « On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue » ? Ou bien est-ce parce que celui qui passait autrefois ses vacances chez ses grands-parents à Dhuizon ou chez un oncle et une tante à la Ferté-Saint-Cyr n’avait « jamais eu grand-chose à leur dire » ? Les Loir-et-Chériens, peut dissertes sur eux-mêmes, timides et réservés, jaloux de leur triptyque Beauce-Loire-Sologne aussi sûrement que d’une Trinité de Roublev, ne l’avoueront jamais. Plutôt mourir, et c’est bien dommage.

Autodérision

C’est à la faveur d’un échange estival lors de cette fichue année 2015 « loin, d’ici » comme le dit une de ses chansons, que nous est venue, in fine, la réponse possible. Michel Drucker venait d’annoncer quelques semaines plus tôt que son ami Michel Delpech allait mal, très mal, et qu’il « ne passerait pas septembre ». On devisait, à l’heure de l’apéro, sur le chanteur emblématique des années 70, dont beaucoup – à commencer par l’auteur de ces lignes – avaient été bercés par ses mélodies entrainantes, entêtantes pour certaines, sonnant toujours juste. « C’était bien, c’était chouette... »

Un ami, par ailleurs chasseur et grand amateur de la chanson éponyme de Michel Delpech, nous dit alors, en évoquant la chanson « mal aimée » du Loir-et-Cher : « c’est parce que tes péquenauds n’ont pas compris qu’avec un peu d’autodérision ils pouvaient justement sortir de leur condition de culs-terreux » (sic). C’était dit sans hargne ni haine ni violence, juste avec ce qu’il faut d’ironie amicale so british, entre deux saucisses sur un barbecue et quelques  verres de rosé du pays d’Oc. Naturellement, n’étant pas Loir-et-Chérien, « la distance qui nous protège de nous même » pour paraphraser Antonin Artaud nous aida à apprécier la fulgurance. Mais cela nous laissait perplexe, quand même…

J’les aime depuis toujours !

Une « chanson de péquenaud sur des péquenauds » donc. Diantre ! Comment allait-on leur dire ça, sans se prendre un coup de pied au cul beauceron ou une volée de plombs solognots dans le jarret ? Mais enfin c’était peut-être ce qu’il avait voulu dire, Michel, avec sa moustache des années 70 qui le faisait ressembler à un petit cadre bancaire, en pantalon de tergal, et cravate lie de vin sur chemise à col pelle à tarte. C’était peut-être une façon de dire, pour celui dont les racines familiales sont enterrées dans la boue et sous le marbre du cimetière de Dhuizon : « avec un peu d’humour, vous pourrez vous en sortir ». Sortir de votre trou quoi. Notez le contraste entre la magnificence des châteaux de Blois, Chambord, Cheverny, Chaumont et Villesavin, Beauregard et Fougères, les rois et reines, princes et hobereaux qui les peuplèrent ; et le peuple d’aujourd’hui, un peu coincé, un peu engoncé sur place par ce maudit complexe d’infériorité et cette réserve maladive qui fait perpétuellement se comparer un habitant de Loir-et-Cher avec ses « rivales » Tours et Orléans, pas beaucoup plus glamour pour autant.

En se considérant un peu plus avec fierté, les habitants du Loir-et-Cher, « ces gens-là qui ne font pas de manières », pourraient peut-être se consoler, non ? Tiens en écoutant Michel Delpech par exemple. « Je n’ai jamais eu grand’chose à leur dire mais j’les aime depuis toujours. » Vous avez entendu ? « J’les aime depuis toujours » !

Ah ! Quand on a que l’amour… 

Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

 

Michel Delpech en quelques dates :

 26 janvier 1946 : naissance à Courbevoie.

1964 : premier 45 tours Anatole sort chez Vogue.

1965 : participe à la comédie musicale Copains Clopant et décolle vraiment avec Chez Laurette.

1966 : mariage avec Chantal Simon (Ils auront deux enfants : Garance et Barthélémy avant de divorcer en 1976). Fait la première partie de Jacques Brel à l’Olympia.

1970 : Pour un flirt.

1973 : Les Divorcés, Que Marianne était jolie. 1974 : Le Chasseur. 1975 : Quand j’étais chanteur.

1977 : Le Loir-et-Cher.

S’en suit une grande période de doutes et de dépression.

Revient sur la scène en 1985 après sa rencontre avec Geneviève Garnier-Fabre, et sort l’album Loin d’ici. Plusieurs albums sortiront régulièrement. De son second mariage naît un fils, Emmanuel, en 1990.

2004 : l’album Comme vous lui permet de se produire aux Francofolies de La Rochelle et aux Festival des Vieilles charrues.

Depuis février 2013 Michel Delpech souffrait d’un cancer. Après une rémission en 2014, il s’est éteint dans la soirée du 2 janvier 2016 à l’hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine). 

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