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Le jour. D'après fred sabourin

L’embarrassant passé des empires coloniaux

23 Octobre 2015 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

Le passé colonial vous embarrasse ? Parlons-en...

Le passé colonial vous embarrasse ? Parlons-en...

 

Que faire du passé des Empires coloniaux ? Une question universelle aux accents traumatiques très franco-français…

 

« Il y a 23 musées du sabot en France, tous aussi beaux les uns que les autres, où l’on vous explique le passé nostalgique d’une France agricole, l’exode rurale etc. Et combien de musées d’histoire coloniale ? Zéro… On n’est même pas capables de raconter quatre siècles et demi d’histoire coloniale en France ! »

Pascal Blanchard, historien, documentariste, chercheur associé au CNRS, chercheur au Laboratoire de communication et de politique, ne mâche pas ses mots. Mais il a l’habitude de prêcher pour sa paroisse. Il exagère ? Pas tant que ça, il part surtout d’une réalité qui dérange : « Il y a une vraie pauvreté de l’université française sur l’histoire coloniale. On paie une carence en recherche depuis 20 ans. Peu de chercheurs ont été recrutés par l’université sur ce sujet, et aujourd’hui, un jeune chercheur brillant va aller plus facilement en Suisse ou à New-York pour étudier l’histoire de France coloniale ! »

Repentance, idéologie, et politique

Rien que pour la guerre d’Algérie – un gros morceau – les premières études ont été faites par les militaires, des témoins directs, des journalistes : dès les années 70. « Pendant très longtemps on a considéré que c’était une question mineure », ajoute-t-il avec la volubilité qu’on lui connaît. Le chercheur ne fait d’ailleurs pas toujours l’unanimité dans le très strict académisme de certains historiens, qui voient parfois d’un drôle d’œil cet étrange chercheur qu’on voit autant sur les plateaux de télévision qu’à l’université ou dans les studios de radio. Son agence de « communication historique » nommée « Les bâtisseurs de mémoire » en fait à la fois un pur produit historien mais aussi marketing. Il organise des expositions – dont la très remarquable et remarquée Exhibition. L’invention du sauvage avec Lilian Thuram au musée du Quai Branly en 2012 – participe en tant qu’expert à des émissions dans les médias télé ou radio, débat face à Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut, réalise des documentaires sur le thème de l’histoire coloniale.

« Aborder l’histoire coloniale, c’est dénigrer l’histoire de France, on nous accuse même récemment de vouloir déconstruire la France ! » ajoute-t-il. Avant de préciser, très justement : « Assez vite on vous parle de repentance, d’idéologie, c’est très politisé. Le problème, c’est que ce n’est pas de la politique ni de la polémique ! C’est de l’histoire de France ! »

"En 1959, l'affaire est pliée"

A ses côtés lors de la table ronde, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, qui a étudié en France et professeur de littérature francophone en Californie (et auteur du Sanglot de l’homme noir, chez Fayard en 2012). « Quand on parle d’histoire coloniale, on en parle comme d’une maladie. On dit : névrose collective ; mémoire traumatique ; blessure narcissique. La France est-elle malade de son passé à ce point ? » interroge-t-il. « Les Allemands ont regardé leur passé en face, ce qui leur a permis de le dépasser, et d’en arriver où ils sont aujourd’hui. »

Pour Pascal Blanchard, « le savoir n’est déjà pas partagé par tous. Regardez la date de la fin de la guerre d’Algérie : les militaires ont une date ; les harkis aussi mais différente ; les pieds noirs encore une autre. » Dès lors faut-il être dans la mémoire pour être dans le savoir ? « On a fait ce travail avec Vichy et la Shoah. Je ne dis pas que ça s’est fait en 5 minutes, mais on l’a fait et le point d’orgue c’est J. Chirac en 1995 qui reconnaît publiquement que Vichy, ça n’était pas la France. Mais avec l’histoire coloniale, on n’a pas encore commencé » regrette-t-il.

L’historien Gilles Manceron (spécialiste de l’Algérie) pense pour sa part « qu’un certain nombre de forces politiques ont baigné dans cette histoire ; une partie de la République est dans cette histoire coloniale. En 1959, l’affaire est pliée : la situation politique est ingérable, les investissements quittent les colonies, l’avenir, c’est l’Europe. Mais l’opinion publique était très en retard sur l’idée que les colonies c’était fini. Le grand mythe construit depuis 1830, enseigné dans les manuels d’histoire des écoliers, toute cette propagande c’est fini ! Quand De Gaulle arrive au pouvoir tout s’effondre en un rien de temps.»

Bras de fer idéologique

Mais alors pourquoi tout est toujours renvoyé au politique, interroge l’écrivain et historien Farid Abdelouahab, animateur du débat ? « Tous les peuples ont des périodes plus ou moins glorieuses dans leur passé. La vraie réparation, c’est la vérité historique. Les replis identitaires sont de mauvaises réponses » répond Gilles Manceron. « Nous sommes la première génération à avoir la chance de prendre de la distance vis-à-vis de l’imaginaire colonial », ajoute Pascal Banchard. « En même temps on est conscient de la peur que cela suscite ». Avant de conclure : « Il n’y a aucun lieu pour emmener des élèves pour parler de l’histoire coloniale. Quant aux programmes scolaires, c’est le bras de fer idéologique, trop politique. »

Si un jour, quelque part en France, un musée consacrée à l’histoire coloniale ouvrait ses portes, il ne serait guère étonnant de ne pas voir Pascal Blanchard à la manœuvre…

F.S

(table ronde aux 18e Rendez-vous de l'histoire de Blois)

Les programmes d'histoire font (aussi) débat

 

Inévitablement, le débat au sujet de la refonte des programmes d'histoire s'est invité aux Rendez-vous du même nom. D'ailleurs ils étaient au programme... les programmes. "A-t-on vraiment besoin de programmes d'histoire ?" était en effet le sujet d'une table ronde animée par Emmanuel Laurentin (la Fabrique de l'histoire sur France Culture) avec Romain Bertrand (directeur de recherche au Ceri et à Sciences Po Paris), Patrick Boucheron (Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Collège de France), Raphaëlle Branche (Université de Rouen), Michel Lussault (géographe, professeur à l'ENS Lyon et président du Conseil supérieur des programmes - le CSP).

"Parfois les programmes devancent la recherche", s'est-il étonné. "C'est quand même un peu troublant..." Patrick Boucheron s'interroge aussi : "les programmes changent régulièrement, quant aux programmes d'histoire, ils sont très passionnels, comme si l'histoire était la seule à former à la citoyenneté". Et il ajoute : "Une ligne de programme, c'est une heure de cours, en infusion immédiate dans la société : c'est absurde !"

Trop de sources, trop de connaissances

Tous les participants de la table ronde s'accordent pour dire que les programmes étaient trop lourds, et qu'il fallait les alléger. "Dans la première mouture, qui a été tant contestée avant l'été, il y a avait une liberté pédagogique. Mais on nous a dit : votre vision est trop idéologique. On a laissé seul le CSP alors qu'on a médiatiquement écouté ceux qui n'avaient aucune légitimité pour s'exprimer. Qu'est-ce qui est arrivé pour que personne ne réponde ?" se lamente Michel Lussault. "Et qu'est-ce qui est arrivé au pouvoir politique pour qu'il dise : on a entendu, et réponde au critique ? Selon moi, il y a une disproportion. Le CSP se trouve au croisement de toutes les lignes de forces. Le moindre évènement prend des proportions considérables", ajoute-t-il, constatant qu'il n'y a pas de lecture collective et qu'on n'a pas fait de toutes ces rumeurs des objets de débats.

Finalement, le bon sens général est venu par Raphaëlle Branche de l'université de Rouen : "Il y a trop de place pour l'histoire contemporaine dans les programmes, il y a trop de sources, trop de connaissances. Vouloir à tout prix courir après est-ce une solution ? Comment on fait quand on change de thème toutes les cinq séances avec des jeunes de 10 à 15 ans qui n'ont aucune mémoire historique ?"

That is the question...

Les programmes ? Au programme !

Les programmes ? Au programme !

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