Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 19:10

Toi qui es aujourd’hui un professionnel du management, un polytechnicien diplômé, spécialisé, confirmé, un centralien ultra formé aux rigueurs des méthodes de travail issues de la mondialisation. Toi qui es aujourd’hui un « cost killer » dans un grand groupe, chargé d’optimiser en rayant d’un trait sur un tableau des montagnes de chiffres, derrière lesquelles se cachent en fait des personnes, des vies, des parcours professionnels. Toi le financier, adorant le dieu « Bourse » et son apôtre Cac 40, obnubilé par les dividendes à verser aux actionnaires toujours plus avides de résultats, façon « up or out ». Toi qui n’as pas de contact avec la réalité, qui ne sait pas et ne veut pas savoir qui est derrière ces chiffres que tu manies avec l’aisance d’un enfant jouant au mécano. Toi qui manage tes équipes par le stress, la terreur, les coups bas, les petits arrangements, les menaces, les délocalisations sauvages et les mutations géographiques : qui étais-tu lorsque tu étais petit(e) ?

Je t’imagine enfant, dans la cour de l’école. Etais-tu un caïd jouant au petit chef, manœuvrant un vaisseau pirate dans un bac à sable ? Etais-tu un champion de billes, les poches remplies à la fin de la récréation alors que tu en avais seulement deux en arrivant le matin même à l’école ? Etais-tu solitaire dans ton coin, raillé par tes camarades qui ne voulaient pas jouer avec toi, te traitant de « fayot », parce que tu répondais souvent juste aux exercices de maths même ceux avec plein de chiffres et de virgules… As-tu été un collégien boutonneux assis bien sagement sur ta chaise alors que le reste de la classe hurlait en gigotait en attendant que la prof n’arrive ? Ou bien as-tu été un vrai premier de la classe, ne te satisfaisant que des notes au dessus de dix-sept sur vingt, pleurant de rage pour un quatorze en rentrant chez toi dans ton polo « Lacoste » ou « Poivre blanc » offert par ton père à la fin de ta première compétition de tennis ? As-tu été cette fille constamment courtisée et jouant avec les nerfs de ta cour empressée de se savoir en grâce auprès de toi, ou bien étais-tu la fille à qui personne ne parle, dont les professeurs disaient à la fin de l’heure : « ah tiens au fait, elle n’était pas là, machine ? ».  Qui étais-tu, as-tu écrit sur les fiches de renseignement en début d’année que tous les profs demandent de remplir, que tu voulais devenir « contrôleur de gestion, trader, financier dans une grande banque d’asset management » ? As-tu indiqué que tu voulais piloter tes équipes en leur collant un stress aux fesses au point de les rendre malades, de les asservir et les esclavagiser avec des méthodes qui donnent la nausée tant elles sont énormes, irrespectueuses, outrageuses ?  Non, je n’imagine pas que tu aies pu écrire cela un jour. Comme tous les ados et les enfants de ton âge, tu voulais devenir médecin, vétérinaire, pompier, cosmonaute, pilote d’avion, chercheur de médicaments pour soigner le cancer (comme celui qu’a eu ton grand-père qui est parti si vite…). Tu te voyais marié(e), avec des enfants, allant à la pêche ou à la messe le dimanche, organiser des piques niques, faire du vélo en famille, leur apprendre des choses sur les insectes et les fleurs de montagne, apprendre les départements sur la route des vacances ; tu ne te voyais sans doute pas rentrer à 22h tous les soirs fatigué par une journée harassante à manier des millions de « kilo euros », car c’est lourd à porter à la longue, les « kilos euros »… Tu ne te voyais pas rentrer tard à cause d’une réunion avec un syndicat qui s’est terminée dans le chaos d’un « plan social » qui n’a de social que le nom, puisque les chiffres que tu barres en pensant aux actionnaires et aux profits dégagés ne sont pas pour toi des êtres humains. Tu aurais préféré lire des histoires de petits ours bruns plutôt que de remonter les couvertures sur tes enfants endormis depuis longtemps déjà en arrivant…

Peut-être, quand tu étais petit, tu aurais bien aimé toi aussi que quelqu’un vienne te chercher à la sortie de l’école, te prenne par la main et t’embrasse sur la joue en te demandant : « alors, c’était comment aujourd’hui ? qu’avez-vous fait ? c’était bien la cantine ?». Non, au lieu de ça, tu seras sûrement rentré chez toi seul, en repensant aux humiliations subies durant cette journée merdique où tu as perdu toutes tes billes en un instant, où tes copines n’ont pas voulue jouer avec toi à l’élastique, où celle que tu convoitais depuis la rentrée t’a dis « non mais ça va pas la tête ou quoi ?», et tu rentreras dans la maison vide et sombre en attendant tes parents, cadres dans une grande entreprise ou fonctionnaires d’un service public de télécommunication. Tu auras pris ton chocolat froid qui sortait du frigo. Et dans la solitude de ta chambre, où ton frère ou ta sœur sera encore venu fouiller, tu feras tes devoirs sous la lampe de bureau à tête de Mickey. Tu commenceras par les maths. C’est ta matière préférée. Tu additionneras les bénéfices, diviseras la masse salariale, multiplieras les profits et dividendes pour faire plaisir aux actionnaires, et soustrairas, à l’aide d’un trait de plume les éléments inutiles et retords de ton champ d’action : les hommes, au centre des préoccupations de l’entreprise.

Ce soir-là, sur un petit carnet qui reste caché sous ton matelas, tu auras écris à la page « qu’est-ce que je ferais plus tard ?» : « je veux devenir financier, très diplômé et autoritaire, comme ça je pourrais diriger mes équipes et les humilier en faisant du management par le stress et la terreur ».

Et tu décideras alors de tout sacrifier pour ça.

 

Librement inspiré par le livre de Ivan du Roy, Orange stressé aux éditions La Découverte.

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /2009 19:38



J’aime bien la Toussaint. Ce sont les jours où les morts ont l’air vivants. On a beau parler des saints, ceux auxquels on pense sont morts depuis longtemps parfois, et il arrive qu’ils soient nombreux. Si on pense à eux, alors qu’ils sombrent dans l’oubli trois-cent soixante quatre jours durant, c’est la faute aux chrysanthèmes. Ces fleurs qu’on dit mortuaires font sortir les morts des tombeaux. Chaque année, en particulier depuis qu’ils ont vaincu les citrouilles ridicules d’halloween, les chrysanthèmes refont surface, comme les morts – nos morts – dans notre champ visuel. On en trouve partout, impossible d’y échapper.
Etonnant rituel d’ailleurs, à l’heure où la mort a quitté et notre champ de vision usuel grâce aux progrès techniques, médicaux et sociaux, et notre langage habituel (qui ose encore évoquer la mort, comme ça, au détour d’une conversation ?), le fleurissement des tombes, avec l’extraordinaire dérégulation des croyances de l’au-delà semble faire persister dans nos vies un besoin de se retrouver quelque part, avant et après la mort. On dira ce qu’on voudra, mais la pierre tombale, à un endroit donné, est le premier lieu de mémoire pré et post mortem, le point d’arrivée d’une vie et le point de départ d’une espérance.
Le chrysanthème, par ce qu’il représente, par son omniprésence dans nos villes, villages, cimetières et pensées, marque l’irréductible besoin, pour nos sociétés modernes, de se raccrocher à l’interrogation sur le sens de l’existence. Et d’entrevoir, peut-être, grâce à cette drôle de fleur, un horizon au-delà d’une triste fin.
Alors vive ces jours sombres où l’automne s’enfonce dans nos vies en réduisant la lumière, qui grâce aux chrysanthèmes gardent un peu de couleurs en nous rappelant que les morts de jadis seront des vivants jusqu’à demain.







Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 14:30

                                                     Le Ruban Blanc

Das Weisse Band, de Michael Haneke. Allemagne, Autriche, France, Italie 2009. 145mn. Distributeur : Les Films du Losange. Avec : Christian Friedel ; Leonie Benesch ; Ulrich Tukur…

Le Ruban blanc


C’est un critique qui pose la question, et, en sortant de la projection du Ruban Blanc, elle devient nôtre : « peut-on ne pas aimer un grand film ? », se demande Christian Berger dans « les Fiches du Cinéma » ? A « Première Séance », nous préfèrerons être encore plus précis : peut-on ne pas aimer une palme d’or ?
Le cinéma de Michael Haneke est un cinéma inconfortable qui met le spectateur mal à l’aise. C’est une chose que nous savions. Froid et clinique, Le Ruban blanc ne procure pas pour autant un aussi grand malaise que Funny Game, La Pianiste ou encore Caché. Peut-être parce que Le Ruban blanc est d’abord un très bel objet de cinéma. La faute au noir et blanc, tout en nuances et contrastes saisissant, sans égal pour accentuer les saisons, étouffer les acteurs dans des intérieurs strictes et mornes, saisir les visages dans les cadrages serrés. On pourrait d’ailleurs remplir la chronique à elle seule avec les aspects factuels de cette palme d’or.
C’est sans doute sur le fond qu’il faut désormais chercher. Rarement l’humiliation humaine aura été traitée avec autant de précision, et sans doute Michael Haneke fait partie des rares à prétendre y parvenir. Dans ce village allemand protestant et rigoriste de l’avant première guerre mondiale, il ne fait pas très bon vivre. D’étranges évènements viennent perturber la vie tranquille et bien réglée d’une communauté renfermée sur elle-même, où les adultes – et particulièrement les hommes – cherchent à former leur progéniture à coup de trique et d’humiliation. Personne n’y échappe, pas même les épouses, seule bouffée d’oxygène dans ce film étouffant, mais qui ne parviennent jamais à donner un rayon de soleil dans la vie de ces gosses qui resteront marqués à vie. On peine à sourire. D’ailleurs Haneke cherche-t-il à la faire ?
C’est cette même source d’humiliation qui pourra faire le lit du totalitarisme vingt ans plus tard, en faisant de ces enfants, au-delà de l’humiliation, un terreau favorable aux nazis d’Hitler. C’est du moins ce que tente de nous dire Haneke dans les interviews. On voudrait le croire, tant on se demande comment évolueront les enfants et les femmes humiliés par tant de rigueur et d’anéantissement des patriarches. Mais cela n’a rien d’une évidence. On y pense, c’est tout. Voir le film avec ces lunettes-là est sans doute une manière de s’auto-manipuler, Le Ruban Blanc ne fait que poser les questions, laissant le spectateur en suspend avec les interrogations philosophiques de l’œuvre.
Michael Haneke signe un grand film, c’est vrai, on a du mal à trouver des failles, surtout pas dans l’interprétation magistrale des enfants en tout cas, ni dans la mise en scène où il ne manque rien, répétons-le à l’envie, pas même un bouton de culotte.
Le problème, à mon sens, réside plutôt dans la déshumanisation du film, déshumanisant les personnages eux-mêmes, et les paysages, jusqu’au chaos final représenté en creux, où l’on parle d’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, avec les conséquences que l’on connaît. Tout le monde est rassemblé au Temple et on chante les cantiques, comme si de rien était.
Le Ruban blanc, symbole de pureté et d’innocence dans cette société rurale ultra corsetée, étouffée et étouffante de rigueur, devient en fait le symbole d’un mécanisme implacable du mal, dont on aimerait finalement ne jamais connaître les racines. Ce sont celles d’un arbre affreux où gisent les corps sans vie de ceux qu’on y a pendu. Attention, danger : la fascination pour l’humiliation peut conduire au néant. Que choisiront ces enfants plus tard ? Nous le savons pas.

En sortant, revient en mémoire l’interrogation qu’on entend le plus souvent dans le film : « und ? ». Ce qui peut se traduire par : « et alors ? »







Le Ruban blanc


Le Ruban blanc



« Première Séance », une chronique cinéma à retrouver le mercredi 11h45 sur RCF Angoulême & le jeudi 11h35 et 12h55 sur RCF Haute Normandie. Fréquences au www.rcf.fr

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : chronique cinéma
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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 12:29

« Il procède du père et du fils… ». Jean Sarkozy renonce, recul, n’ira pas dites-le comme vous voulez, briguer la présidence de l’EPAD, mais reste candidat au conseil d’administration de la même structure. Jeudi soir, sur France Deux, le Prince Jean a jeté la couronne de la Défense en même temps que l’éponge. Vraiment ? Dans un surprenant numéro de communication télévisuelle, le jeune homme de 23 ans a très vite appris tous les codes de l’exercice, et a du passer l’après midi dans un média-training, ce que résume très bien François Brochet ce jour dans « le Progrès » : « en cinq minutes à peine, Jean Sarkozy nous a tout fait : l’innocent persécuté, le fils obéissant, l’élu dévoué à ses électeurs, l’homme blessé, le jeune homme mûri dans l’épreuve, le politique d’une ambition. Du grand art. son père en plus blond, plus jeune, et plus calme. La gauche se réjouit ? Les inconscients ! ».
Mais s’il s’agissait d’un renoncement, dans l’intimité du confessionnal de David Pujadas, simultanément nous avons surtout la furieuse impression d’avoir assisté à un début. Hier soir, Jean Sarkozy a montré combien la chose politique le « passionne » pour reprendre son expression, et s’il se défend désormais de présider la Défense, il ne lâche rien pour la suite. Du genre : « on s’reverra… ». Il jette l’EPAD (cf le titre de « Libé » ce matin), mais pas pour autant le bébé avec l’eau du bain.
La polémique s’éteint là où elle se rallumait. Les « commentateurs qui commentent vont commenter » (ce qui donnera raison à Frédéric Lefèbvre et à papa), les parlementaires UMP vont pouvoir retourner dans leurs circonscriptions ce we sans trop se faire engueuler. Ceux qui avaient soutenu mordicus sa candidature vont pouvoir, avec la même mauvaise foi, affirmer qu’il a fait preuve de « sagesse, maturité », bref le plan com’ va tourner à plein régime avec ses expressions à réchauffer sur tous les tons, tous les modes, tous les temps du verbe, et l’écran de fumée va pouvoir se dissiper : nous pourrons passer à autre chose. Vraiment ?
Oui car restent les questions, et parmi elles l’inévitable de savoir si il a pris sa décision seul ou si « quelqu’un lui a dit que… ».
Lors de l’interview de Pujadas sur France Deux, Jean le fils, avec sa bonne tête d’apôtre, a eu cette sortie émouvante qui restera dans les mémoires : « si la question est de savoir si j’en ai parlé au président, la réponse est non. Si vous voulez savoir si j’en ai parlé à mon père, la réponse est oui ». Ah ! que c’est beau ! Il a parlé comme les prophètes, le disciple que papa aimait… Malgré des ficelles de communication très visibles, il faut admettre qu’il s’en est bien sorti, avec un costume de la fabrique Sarkozy, même si elle peut apparaître du coup effrayante.

Si le fils se sacrifie pour sauver le père, il devra le tuer un jour si l’animal politique qui sommeil en lui veut se révéler complètement, prouvant ainsi qu’il a « appris », comme il dit.
Si le père a sacrifié le fils, il doit s’attendre à ce qu’un jour ce dernier le dépasse, sans allusion de taille, au sein d’un dynastie dont nous avons peut-être assisté hier soir à l’acte I de naissance.

Et peut-être, pour toute cette affaire, un enseignement à garder pour la suite. A mi-mandat, Nicolas Sarkozy père pourrait bien commencer son chemin de croix, dont la fin nous a déjà été contée… Par le fils, justement.





 
Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 15:34

                               
                                      Mademoiselle Chambon


De Stéphane Brizet. France, 2009. 1h40. Distributeur : Rezo Films. Avec : Sandrine Kiberlain ; Vincent lindon ; Aure Atika ; Jean-Marc Thibault…


Mademoiselle Chambon


Adapté d’un roman d’Eric Holder, Mademoiselle Chambon, nouveau film de Stéphane Brizet, joue sur un fil ténu mais ô combien réel de la comédie dramatique des sentiments, sans jamais verser dans le mélo. Stéphane Brizet est un cinéaste de l’intime, de l’épure pourrait-on dire, du tout petit jeu des acteurs qui donnent à l’écran des sentiments grandeur nature, et une maturité affirmée. On se souvient avec bonheur de Je ne suis pas là pour être aimé avec Patrick Chesnais et Anne Consigny. Histoire d’amour sans consommation, mais pas pour autant sans sentiments ou désordres amoureux. Dans Mademoiselle Chambon, Brizet réussit le tour de force de nous faire croire à l’incroyable : une histoire d’amour troublante entre un maçon et l’institutrice de son fils, par ailleurs violoniste et détentrice d’un secret qui lui donne la fragilité d’un archer sur les cordes d’un violon. Même si cette différence sociale n’est pas le nœud du film, on retiendra la scène d’ouverture où l’on découvre Jean et sa femme aux prises avec une définition du complément d’objet direct pour le moins ardue.
Le contraste est saisissant : Vincent Lindon (qu’on avait laissé en maître-nageur crédible dans Welcome), apparaît en maçon, un brin lourdaud, encombré par un corps fait pour construire des maisons (« un peu de la vie des gens » dira-t-il aux gosses de l’école un samedi matin où l’instit l’invite à parler de son métier), mais terriblement sous le charme de Sandrine Kiberlain, « Mademoiselle Chambon ».
Elle-même, tout en sensualité retenue et fragilité déconcertante, à la fois perdue dans un monde scolaire où elle semble néanmoins nager comme avec grâce et facilité, et à la vie terriblement solitaire sitôt la porte de chez elle refermée. Lui : tout en lourdeur mais avec une économie de mots et de gestes, lesquels sont toujours précis (voir les scènes de maçonnerie où Vincent Lindon parvient à nous faire croire qu’il a toujours fait ça). Elle : tout en résignation, comme une fleur déjà fanée avant d’avoir vécu, et à la sensualité prête à se déployer si un magicien souffle sur ses braises.
Les deux vont se croiser, se troubler, lui va changer une fenêtre chez elle, puis lui demander l’impossible : jouer du violon pour lui seul, juste une fois. Ce qu’elle accepte, gênée mais terriblement fière.
Tout repose assurément sur ce fil tendu entre deux comédiens, Vincent Lindon & Sandrine Kiberlain, sur les silences d’Aure Atika (la femme du maçon), et aussi, ne l’oublions pas, sur Jean-Marc Thibaut le père, le vieux père devrait-on dire, ce qui permet à Brizet de filmer la vieillesse comme nul autre (et on se souvient d’un coup de l’énorme Georges Wilson dans Je ne suis pas là pour être aimé, vieillard chiant et acariâtre, tranchant avec la bonté et l’abandon de JM Thibaut).
Il ne faut surtout pas raconter la fin du film, splendide, dont on ne saurait trop conseiller de rester jusqu’au bout de la chanson de Barbara clôturant ce petit bijou de cinéma qu’est Mlle Chambon. Tout en retenue, sensiblement, avec un respect immense pour les comédiens qui le lui rendent au centuple, une bien belle fenêtre ouverte sur un cinéma qui donne beaucoup de plaisir. Un certain regard sur la frugalité, à l’heure où l’omniprésence d’images et de soliloques nous rendraient presque obèses.



Mademoiselle Chambon



Mademoiselle Chambon



Mademoiselle Chambon


"Première Séance", une chronique cinéma de Fred Sabourin sur RCF à Angoulême (mercredi 12h45) et en Haute Normandie (jeudi 11h35 & 12h55). Fréquences sur www.rcf.fr

Par Fred Sabourin - Publié dans : chronique cinéma
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