Vendredi 7 mars 2008
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Brèves de
comptoir
Ah ! La politique locale à la veille des élections municipales et cantonales ! Comme un marron glacé, on s’en pourlèche les
babines de plaisir…
Michel Barnier, après avoir nettoyé ses souliers crottés au salon de l’Agriculture, est venu les traîner dans la boue ardéchoise, mais il a de la chance : il a tant venté ici depuis trois
jours que tout est sec comme la langue d’un pendu. Et puis le jeune candidat Uèmepé à la mairie de Privas lui a réservé la visite du fleuron de la châtaigne en Ardèche et même dans le
monde : l’usine Clément Faugier, propre comme un sou neuf.
La presse était prévenue : il ne fallait prévenir personne, de peur que des manifestants anti-OGM viennent troubler l’ordre public d’une visite amicale au benjamin des candidats en Ardèche
(29 ans), qui tient à prouver ainsi que malgré son jeune âge, « il a le bras long, et des relations ». Qu’il en profite, le sus dit Barnier est donné partant en cas de remaniement
ministériel, qui aura très sûrement lieu malgré les « promesses » du Très Haut de la République (qui n’en sera pas à un revirement de veste près).
On ne prévient personne donc, inutile, le canard local « Dauphiné Libéré » s’en était chargé deux jours auparavant. Arrivé à l’usine Faugier à l’heure dite pour le point presse avec le
ministre, sortant de ma voiture, une C3 blanche avec trois hommes à bord m’intercepte rapidement. Où allez-vous comme ça ? – Stupéfaction et surprise. Je reprends mes esprits,
flairant un mauvais coup :
Mais vous êtes qui, d’abord ? - La Police, Monsieur. – La Police ?? Et bien, je vais faire mon métier de journaliste, je vais à la conférence de presse du
ministre qui visite actuellement l’usine. Et j’ajoute, non sans malice : - je ne suis pas un militant anti-OGM si c’est ce que vous craignez…
Il est vrai que coiffé de mon bonnet marine, en caban révolutionnaire, écharpe rouge, on aurait pu le croire.
Les flics, amis du jeune candidat à la mairie de Privas donc, ont ajouté de me mêler de ce qui me regarde, ce que je me suis empressé de faire, puisque j’étais là pour ça, et non pour taper la
causette avec les cow-boys fringants.
On a en plus mangé des fondants au marron (un petit plaisir gustatif à tuer sa mère), et des toasts à la tapenade (à tuer son père). J’ai une fois de plus sacrifié ma famille sur l’autel des
produits culinaires qui rendent ces happening sympathiques, au fond.
Vive la République ! Vive la France !
Restez en ligne : le printemps des poètes débute ce ouikende. On ne va pas s’en priver non plus…
Par Fred Sabourin
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Samedi 16 février 2008
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18:00
On a brûlé le dieu carnaval en place publique de Privas... Une chose est certaine : ces enfants-là, qui ignorent tout du parrainage par devoir de mémoire qui se trame
pour eux au plus haut sommet de l'Etat, ont encore beaucoup de vitalité et d'imagination. Laissons-les à leur amusement donc, et fichons-leur la paix avec des parrainages mortifères.
Le dieu carnaval est mort, vive les vivants !
Par Fred Sabourin
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Mardi 29 janvier 2008
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12:00
... pour faire sauter les plombs
Julien K. Trente et un ans. Profession : fusible.
Il paraît que ça bourdonne au bas de l’immeuble de la Société Générale à la Défense. Il y a fort à penser que ces bourdonnements vont se transformer en acouphènes pour son Pdg Daniel Bouton (de manchette ?) et pour celui qu’on appelle désormais « le trader fou », Julien K. Les oreilles sifflent, et la vindicte populo - dirigeante a déjà condamné l’homme qui tombe bien. Le fusible. Le pion. Mieux : le joueur. Car dans tout ce fatras spéculo – financier, le plus intéressant est sans doute ceci : le jeune trader indique qu’il s’est laissé prendre « au jeu » des spéculations imaginaires sur des projections fictives de marchés à venir.
Un jeu. Qui coûte cinq milliards d’euros. Et sans doute plus, car les soupçons sont forts sur le maquillage d’autres pertes de la Société Générale. Julien K vivait donc dans monde virtuel, spéculant sur de l’argent plus ou moins virtuel, trichant réellement pour devenir « un trader d’exception » dans la vraie vie. C’est réussi. Vendredi, sa photo était en Une de tous les journaux, comme l’ennemi public numéro un. On sait tout, on fouille dans sa vie privée. Le fusible parfait. L’écran de fumée. A son actif, des pertes et de l’abus de confiance. Aucun enrichissement personnel. Aucun profit personnel des biens de la banque. Tout juste sans doute quelques appels téléphoniques personnels, quelques photocopies à usage privé, une ou deux réservations de billets de train ou d’avion via le net professionnel. Comme tout employé de bureau modèle. Mais pas un centime.
Il y a peu, une publicité sympathique inondait nos écrans de télévision ou de cinéma : un pouce aidait des jeunes gens bien-comme-il-faut à déménager (bobo trentenaires jeunes cadres riches en devenir et corvéables à merci). « Parce qu’on a besoin d’un coup de pouce quand on est jeune, la Société Générale etc etc ».
Aujourd’hui, le système financier et surtout les hommes qui le font tourner n’ont pas besoin d’un coup de pouce. Juste un bon coup de pied au c…
Par Fred Sabourin
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Mercredi 23 janvier 2008
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13:00
« On ne devient pas Français pour avoir des papiers »
Grand raout à la Préfecture de l’Ardèche aujourd’hui : on annonce une cérémonie d’accueil dans la citoyenneté française. Trente-sept nouveaux élus qui décrochent la timbale, souvent après bien des années de galère. La presse est poliment invitée, comme il se doit, à assister à cette opération de communication, histoire de racheter l’expulsion récente d’une famille de sans papiers, écornant au passage la loi puisque la dite expulsion se fit avant le rendu du tribunal administratif devant lequel un recours était déposé.
La presse, et notamment la radio, aurait eu tort de rater ce grand moment d’auto satisfaction républicaine, sous l’œil bienveillant de Nicolas S., trônant en portrait officiel, juste au dessus du sein opulent de Marianne, libre, égale, fraternelle.
Discours historico gaullien de M. le Préfet, rappelant en dix minutes chronos l’histoire de France, depuis les Gaulois fiers et hardis jusqu’à aujourd’hui, en passant par la guerre de cent ans, les Anglois perfides et la Révolution Française, modèle de fraternité.
Florilège : « vous épousez une patrie qui n’est pas ordinaire. C’est un mystère, dont le tout dépasse les parties ». Si j’écrivais pour le « Canard Enchaîné », je dirais qu’il faut en avoir pour dire une telle phrase.
« La France est un pays de juristes. Nous aimons les règles. Nous aimons les respecter ». Au regard de l’entourloupe préfectorale lors de la gestion des sans papiers, on peu difficilement trouver meilleur mensonge d’Etat.
Enfin, la meilleure pour la fin. Lapsus révélateur. Citant Du Bellay : « France, tu nous as longtemps nourris du lait de ta nourrice… euh ! pardon ! du lait de ta mamelle ».
Pourtant c’est si vrai : en remontant dans chaque arbre généalogique des « Français de souche », on peut sûrement y trouver une nourrice qui lui soit étrangère…
Envoyez la Marseillaise, et fermez le ban !
Par Fred Sabourin
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Vendredi 18 janvier 2008
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10:00
Sept lycéennes, deux portables, un paquet de clopes, un banc public : combien de possibilités ?
L’avantage d’habiter dans un quartier scolaire (je ne dis pas « étudiant », ici, les études se font forcément ailleurs, loin, là-bas), c’est qu’il offre la possibilité d’analyses sociologiques et comportementalistes sans trop se déplacer. Mon appartement offre deux façades : l’une au sud, avec une cour d’école maternelle ; l’autre au nord, sur une place au carrefour d’une école primaire, un collège et un lycée.
C’est ce dernier qui apporte, je crois, le meilleur de l’observation à peu de frais des comportements ados d’aujourd’hui. Ce qui pourrait apparaître comme une banalité ne l’est pas, car malgré « ce qu’on sait déjà », l’analyse sociologique amène parfois à réviser son jugement. Comme celui d’imaginer que « tout les adolescents ont des portables » (idée répandue), « tous les adolescents portent des baskets » (non, il y a aussi les ballerines), ou encore « tous les adolescents sont obèses, et les filles anorexiques ».
Les sept mercenaires, lycéennes ardéchoises, qui s’installent ce jour-là au pied de la statut « des mobiles » (in mémoriam de jeunes gens à peine plus âgés qu’elles et qui ont gâché autrefois leur belle jeunesse sur les champs de bataille, et ne portent plus de baskets car un obus leur a parfois fauché les pieds), profitent visiblement de la clémence de la météo revenue. Ca ne loupe pas : deux d’entre elles triturent nerveusement leurs portables, deux autres semblent se « faire chier grave » (métaphore adolescente passée dans le langage usuel), une troisième sort un paquet de clopes : ça devrait mettre les deux dernières d’accord. Et puisqu’on a encore le droit de s’en griller une dehors, profitons-en, mais pour combien de temps ?
Jean et basket, portables et sms, clopes et copines, persiflages et ennui, matage des garçons occupés à faire la roue tels des paons non loin de là : cette folle jeunesse passe le temps en attendant la fin des cours.
Et mes légumes vont cramer dans ma poêle si je continue à me distraire de la sorte !
Par Fred Sabourin
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