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                                                             ... Fred Sabourin

           

Bloc-notes, photos, articles, chroniques, éditoriaux, poèmes, carnets de voyages, essais...
                             (depuis le 9 février 2006)

 

 

"Fais de l'obstacle la matière même de ton action"

(Marc Aurèle)

     

Mercredi 12 mars 2008
                                                     Lazare est mort !

     Il était venu à pied du nord de l’Italie à l’âge de neuf ans et demi, pour gagner la France qu’il considérait comme « un paradis ». A dix-sept, à l’automne 1914, il triche sur son âge pour pouvoir s’engager au 4è Régiment de Marche de la Légion Etrangère. Ca use les souliers. Il voulait défendre la France, « parce qu’elle m’avait donné à manger ». Il fut envoyé sur le front de l’Argonne, à bouffer des pommes de terre et des fayots pourris, sous la mitraille. « Vous tirez sur des pères de famille, c’est complètement idiot la guerre », dira-t-il plus tard. Encore un homme personnifiant le bon sens qui vient de s’éteindre.
Lazare Ponticelli, ancien poilu de 110 ans, est mort aujourd’hui, et la République toute entière se penche sur le lit du défunt, religieusement. Il y a des funérailles nationales en perspectives, et il y aura du beau monde au premier rang dans l’église St Louis des Invalides.
Du beau linge, qui est dans de salles draps. Cette même République des Préfets, nommés par qui on sait, pour faire appliquer les lois de la République, comme celle-ci par exemple : au Cheylard, un bled paumé de l’Ardèche, une jeune Sénégalaise de trente ans vient d’échapper de peu au charter pour Dakar. Le médecin du centre de rétention de Lyon a jugé son état « préoccupant », et en tout cas incompatible avec un vol normal. Elle est invalide à 80% suite à une chute d’échelle mal soignée il y a six ans, chez sa belle-mère qui la traitait comme une servante. Marietou (c’est son prénom) est… petite fille de Tirailleur sénégalais tombé pour la France.
Rompez les rangs !
Comme un certain Galiléen il y deux milles ans en Palestine, on a parfois envie de crier : « Lazare ! Viens dehors ! »
 
par Fred Sabourin publié dans : actu
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Samedi 8 mars 2008

Je suis allé me poser le cul sur une chaise, contre la vitre du bar… 
(Blaise Cendrars) 

      Chose promise, chose due : voici un petit florilège de quelques rimes & proses pour respirer un peu l’air des poètes, qui, comme le disait Baudelaire, sont « exilés sur le sol au milieu des hués ; leurs ailes de géant les empêchent de marcher ».

Que ton poème soit dans les lieux sans amour,
Où on trime, où on saigne, où on crève de froid.
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix

Aragon, Ce que dit Elsa

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                                         Complet blanc



Je me promène sur le pont dans mon complet blanc acheté à Dakar.
Aux pieds j’ai mes espadrilles achetées à Villa Garcia.
Je tiens à la main mon bonnet basque rapporté de Biarritz.
Mes poches sont pleines de Caporal Ordinaire.
De temps en temps je flaire mon étui en bois de Russie.
Je fais sonner des sous dans ma poche et une livre sterling en or.
J’ai mon gros mouchoir calabrais et des allumettes de cire, de ces grosses que l’on ne trouve qu’à Londres.
Je suis propre, lavé, frotté  plus que le pont.
Heureux comme un roi
Riche comme un milliardaire
Libre comme un homme. 

Blaise Cendrars, Feuilles de route, I : le Formose. 1924. 



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                                            L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage
Le navire glissant sur des gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle gueule,
L’autre mime en boitant l’infirme qui volait !

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire




par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Vendredi 7 mars 2008

                                                                              Brèves de comptoir


          Ah ! La politique locale à la veille des élections municipales et cantonales ! Comme un marron glacé, on s’en pourlèche les babines de plaisir… 

Michel Barnier, après avoir nettoyé ses souliers crottés au salon de l’Agriculture, est venu les traîner dans la boue ardéchoise, mais il a de la chance : il a tant venté ici depuis trois jours que tout est sec comme la langue d’un pendu. Et puis le jeune candidat Uèmepé à la mairie de Privas lui a réservé la visite du fleuron de la châtaigne en Ardèche et même dans le monde : l’usine Clément Faugier, propre comme un sou neuf. 

La presse était prévenue : il ne fallait prévenir personne, de peur que des manifestants anti-OGM viennent troubler l’ordre public d’une visite amicale au benjamin des candidats en Ardèche (29 ans), qui tient à prouver ainsi que malgré son jeune âge, « il a le bras long, et des relations ». Qu’il en profite, le sus dit Barnier est donné partant en cas de remaniement ministériel, qui aura très sûrement lieu malgré les « promesses » du Très Haut de la République (qui n’en sera pas à un revirement de veste près). 

On ne prévient personne donc, inutile, le canard local « Dauphiné Libéré » s’en était chargé deux jours auparavant. Arrivé à l’usine Faugier à l’heure dite pour le point presse avec le ministre, sortant de ma voiture, une C3 blanche avec trois hommes à bord m’intercepte rapidement. Où allez-vous comme ça ? – Stupéfaction et surprise. Je reprends mes esprits, flairant un mauvais coup : 
Mais vous êtes qui, d’abord ?  - La Police, Monsieur. – La Police ?? Et bien, je vais faire mon métier de journaliste, je vais à la conférence de presse du ministre qui visite actuellement l’usine. Et j’ajoute, non sans malice : - je ne suis pas un militant anti-OGM si c’est ce que vous craignez…
Il est vrai que coiffé de mon bonnet marine, en caban révolutionnaire, écharpe rouge, on aurait pu le croire.
Les flics, amis du jeune candidat à la mairie de Privas donc, ont ajouté de me mêler de ce qui me regarde, ce que je me suis empressé de faire, puisque j’étais là pour ça, et non pour taper la causette avec les cow-boys fringants. 

On a en plus mangé des fondants au marron (un petit plaisir gustatif à tuer sa mère), et des toasts à la tapenade (à tuer son père). J’ai une fois de plus sacrifié ma famille sur l’autel des produits culinaires qui rendent ces happening sympathiques, au fond. 

Vive la République ! Vive la France ! 

Restez en ligne : le printemps des poètes débute ce ouikende. On ne va pas s’en priver non plus…

par Fred Sabourin publié dans : actu
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Jeudi 28 février 2008
                                                      à l’école du vent… 

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      Pour se rendre à l’école du vent, à Saint-Clément, à 1100 mètres d’altitude aux limites de l’Ardèche et de la Haute-Loire, il faut d’abord prendre le chemin de l’école buissonnière. Faire ses lacets, et conduire une heure et demi sur des routes aux tracés sinueux. Traverser des villages, puis des hameaux, abandonner des maisons isolées. Suivre la route départementale, puis communale, puis un chemin. Tourner encore, et encore, et encore. Stopper la voiture sur le bas-côté, il n’y a pas de parking. 

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Là, à Saint-Clément, Monsieur le maire, quatre-vingt printemps, dont trente-quatre de mandature municipale, annonce fièrement qu’il n’a pas encore commencé sa campagne. Il sera réélu, c’est sûr. Mais il ne le dit pas. Triomphe modeste d’un édile pas comme les autres. A la tête de sa communauté de cent neuf clémentois et clémentoises, il a fondé « l’école du vent ». Une maison à thème, sur le vent. Dans le vent ! Plateau des montagnes ardéchoises battues par le souffle d’Eole, ici on dit qu’il ne vente pas que deux jours par mois. Pas de chance, aujourd’hui en était un. Il faisait doux, mais l’herbe grillée sur les flancs des montagnes témoignent de la présence récente de la neige. Ici, on ne plaisante pas avec les éléments. 

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A la découverte du vent, de son histoire, de ses légendes, des hommes qui ont beaucoup tenté pour le domestiquer, jusqu’à s’installer face à lui pour décoller. Oiseaux, ailes, plumes, maquettes, histoire de l’aviation, forces nécessaires pour voler, rose des vents, manche à air… Tout un fourbi sur le thème du vent, préparé de manière à envoûter le visiteur venu se perdre « au bout du monde ». A l’évocation de cette expression, le maire, et la directrice de « l’école du vent » sourient. C’est en réalité le bout de mon monde. Celui que je connais. Celui qui me semble loin, là, sur ce bout de terre plus vraiment ardéchoise, pas vraiment auvergnate, et portant l’identité des deux. Toitures de lauzes, doubles vitres, murs épais, cheminées fumantes : derniers témoignages de la présence des hommes sur cette terre rude. 

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En rentrant de « l’école du vent », reportage en bandoulière et sons dans la boîte, prendre de nouveau le chemin des écoliers. Mais par l’autre côté, la route « du Gerbier ». « Elle est si belle », me glisse une bénévole de l’école. Ici, point de mauvais élèves, ni de profs notés, ou poignardés. Rien que du vent. Je prends donc la route « du Gerbier », qui passe d’abord sous le « Mézenc », plus haut sommet de l’Ardèche (1753 mètres, et quelques roches basaltiques). Témoignages des volcans défunts : les « sucs » pointent encore droits vers le ciel bas, qui déjà prépare la nuit froide. Routes à lacets. Maisons isolées, cheminées fumantes, hameaux, auberges paumées mais éclairées : le voyageur qui s’y arrête peut lutter contre la soif avec un kir à la crème de châtaigne… Gare aux virages ! 

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Et puis, enfin, le Gerbier. Le Gerbier de Jonc, 1417 mètres. Vous vous souvenez ? « Le plus beau ruisseau du royaume », selon nostre bon roy François Ier, prend sa source ici. En 1938, on demandait à un élève du certificat d’études : « où la Loire prend-t-elle sa source ? » - « dans la grange de mon grand-père », répondit-il fièrement. Il n’avait pas tort. La Loire a plusieurs sources, dont une qui coule doucement dans un abreuvoir à vaches, dans une… grange. Mais le cadastre en indique une autre, à l’air libre. En plein vent. Entre les buissons. Sous la neige et les entrelacs de roches volcaniques. 

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Alors j’arrête la voiture, dans laquelle Vivaldi violonnait Nisi dominus. Et je réalise le rêve de l’écolier au seul endroit du monde où cela est encore possible : enjamber la Loire. 

                                De l’école du vent, tout doucement, je redescend.
                                De l’école buissonnière, ce soir en fermant mes paupières,
                                Je repenserai dans le noir, que j’ai enjambé la Loire. 


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par Fred Sabourin publié dans : montagne
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Lundi 25 février 2008
                                                      la môme et le président

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        Marion Cotillard a donc reçu quatre récompenses pour son interprétation d’Edith Piaf dans La Môme, dont le César et l’Oscar de la meilleure actrice. Toute considération désobligeante sur le show business du cinéma mises à part (les strass & paillettes), son émotion faisait plaisir à voir, autant d’ailleurs que dans le film lui-même.
Au même moment, ou presque, un homme qui devait garder son sang-froid l’a perdu, une fois encore, faisant voler en éclat ce qui restait de dignité humaine face à un con - citoyen mal inspiré et traité justement comme tel, mais il ne fallait pas le dire aussi vertement. « Viril » a même dit un ancien premier ministre originaire du Poitou-Charentes, où on s’y connaît en matière de baudets velus au caractère caprin.
La comparaison, bien sûr, ne souffre même pas d’être envisagée, entre le « pauv’con » d’un côté et la môme de l’autre. L’image renvoyée de part et d’autre reste finalement assez décevante : la France, pour les Américains, c’est Edith Piaf, les rues pavées, les photos sépias et les radios à lampes qui crachotent des chansons où les paroliers sont inspirés par des voix qui ont vécues de drôle de combats, cassées par l’alcool et les excès dus aux déceptions amoureuses.
Mais la France, c’est aussi l’insulte qui fuse tous les jours aux carrefours de nos villes, villages, collèges, famille et désormais salon de l’agriculture. On savait le paysan adepte du bon sens. On ignorait que le petit Nicolas avait de gros sabots tout crottés. D’ici à ce que trois capitaines l’appellent ‘vilain’, il n’y a qu’un pas. Ou des coups de pieds au c… qui se perdent ! 

Finalement, la morale de cette piètre histoire vient dans le film lui-même. Dans une dernière scène, un long plan séquence où la môme Piaf, Marion Cotillard donc, livre une interview de fin de vie à une journaliste américaine. Cette dernière lui demande si « elle a peur de la mort ». « J’ai plus peur de la solitude que de la mort », répond-elle.
Et le silence se fait.
La solitude de l’homme d’Etat dans tous ses états est malgré elle éloquente (si on peut me permettre cette comparaison « à la con »). Il a peut-être peur des deux, tout simplement. 

On devrait peut-être l’inviter à dîner…
 
par Fred Sabourin publié dans : coup de gueule
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