Jeudi 4 octobre 2007

                                                    Un secret

Un secret - Cécile de France et Patrick Bruel

    de Claude Miller. France, Allemagne 2006. 1h40. 300 copies. UGC distribution. Avec : Patrick Bruel ; Cécile de France ; Ludivine Sagnier ; Julie Depardieu ; Mathieu Amalric…

    Par les choix narratifs et le traitement de l’image (années trente, seconde guerre, après guerre et de nos jours, cette dernière période étant traitée en noir et blanc), le dernier film de Claude Miller, Un Secret, pourrait pécher par académisme. Il n’en est rien, et ce film à tiroirs est plaisant à ouvrir, de bout en bout.
Raconté en voix off par François, fils chétif de Tania et Maxime, l’histoire d’une famille sur fond de seconde guerre mondiale, de sport, de secrets et d’étoile juive. Un jour, François apprend le lourd secret que lui cache ses parents depuis toujours. Il y a eu une autre histoire avant sa naissance, et son père fut d’abord l’épouse de Hannah, dont il eu un petit Simon. Le jour de leur mariage, il rencontra Tania, belle nageuse et belle sœur d’Hannah. L’attirance est immédiate. La guerre déclarée, Tania vient habiter chez sa belle sœur. On leur propose de fuir au delà de la ligne de démarcation. Hannah sent le danger pour son couple, et ne souhaite plus partir.
Adapté du roman autobiographique de Philippe Grimbert (2004), Un Secret est un film sur la mémoire, avec cette teinte particulière aux films de Claude Miller : exploration des origines, une sorte de synthèse de son cinéma.
Le casting est des plus réussi, avec Patrick Bruel, en amoureux viril entre deux femmes, et surtout le duel Ludivine Sagnier et Cécile de France. Avec une économie de mots et de dialogues (le livre de Grimbert l’était déjà), Miller fait passer à travers le regard de ses acteurs tout ce qu’il faut savoir sur l’histoire.
Un Secret, film d’époque, de toutes les époques, ruptures narratives et mélanges des couleurs : c’est un secret pour personne, ce sera un film qui va compter en ce début d’automne.

 

 

Un secret

 


Un secret - Patrick Bruel et Cécile de France

 

Un secret - Patrick Bruel

 

 

                                              L’âge des ténèbres
 

      De Denys Arcand. Canada, 2007. 1h48. Distribution : Studio Canal. Avec : Marc Labrèche ; Diane Kruger ; Sylvie Léonard…

 

 

    L'Age des ténèbres - Marc Labreche Dans ses rêves, Jean-Marc Leblanc est un preux chevalier, un romancier à succès, une vedette de théâtre et de cinéma, un politicien adulé, un homme qui tombe toutes les femmes à ses pieds. Dans la vraie vie, Jean-Marc est un type lambda, gratte-papier pour la fonction publique québécoise, mari et père insignifiant et raté. Jean-Marc est en crise, et il veut se donner une nouvelle chance dans le monde réel.
Denys Arcand signé avec L’Age des ténèbres la fin d’une trilogie débutée avec Le Déclin de l’empire américain en 1986 et poursuivi avec Les Invasions barbares en 2003. La crise continue, celle de Jean-Marc se nomme « la crise du middle age ». Complètement à côté de ses pompes, avec un boulot abrutissant dans une société québécoise fictive qui ne l’est pas moins (film d’anticipation ?), une vie conjugale réduite à néant, et deux filles de 13 et 15 ans livrées à leur adolescence pleine fleur.
Avec une interprétation soignée, Denys Arcand trouve dans un premier temps le rythme nécessaire à l’établissement de son histoire et de ses personnages, mais il s’assoupit un peu par la suite, pour finir sur une scène mémorable où la femme de « Jean-Marc Leblanc » lui balance tout, alors qu’il est déjà en fugue. La réponse de ce dernier est cinglante : « tu sais que je pourrais te tuer ? Enfin, je veux dire, c’est imaginable ».
L’âge des ténèbres, en effet oui…


L'Age des ténèbres

 

 

par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Jeudi 27 septembre 2007

                                                 99 Francs


de Jan Kounen. France, 2006. 1h40. Pathé Distribution. 400 copies. Avec : Jean Dujardin ; Jocelyn Quivrin ; Patrick Mille ; Vahina Giocante… D’après le roman de Frédéric Beigbeder (2000).


   Après une nouvelle nuit d’orgie dans son luxueux appartement, Octave se réveille et rejoint les bureaux de la « Ross », une grand agence de pub. Octave est concepteur – réalisateur, valet gâté et consternant d’un système immonde. Avec son binôme Charlie, il passe des journées vides et quasi désoeuvrées. Un matin, il soumet un projet de spot à la grande marque de yaourt Madone. Idée rejetée, car trop intelligente, selon son commanditaire. Octave songe à tout quitter, mais se dégonfle et tourne la niaiserie qu’on attend de lui. Il entame au même moment un relation forte avec Sophie, sublime stagiaire, qui, tombant enceinte, le fait fuir à nouveau devant ses responsabilités.
Adapté du roman éponyme de Frédéric Beigbeder, 99 F est une belle addition de Jan Kounen, qui, après le succès en demi teinte de Blueberry en 2004, reprend les ficelles scénaristiques et filmiques de ce dernier opus. Errances transcendentalo – psychédéliques liées à ses expériences chamaniques et surtout à l’absorption de substances illicites telles que la cocaïne ou les extasies, 99 F entraîne le spectateur dans les labyrinthes obscures des publicitaires gavés et dépressifs tendances suicidaires. Performance d’acteur pour Jean Dujardin, performance de mise en scène pour Jan Kounen, performance d’adaptation pour Beigbeder. Une addition qui se révèle salée, et encore une fois, c’est le consommateur, c’est-à-dire vous et moi, qui mettons la main à la poche. 99 F est finalement le stricte équivalent du livre : un pseudo objet de contre-culture façonné à son image par et pour la société de consommation.

 

99 F

 

                                             La Face cachée


La Face cachée - Bernard Campan et Karin Viard

   De Bernard Campan. France, 2006. 1h33. Wild Bunch Distribution. Avec : Bernard Kampan ; Karin Viard ; Jean-Hugues Anglade…


   Après des années de vie commune, François et Isa se sont enfoncés dans une routine qui semble peser sur lui. Mais il se pourrait que la personne qui souffre ne soit pas la plus démonstrative. Après des années de vie commune, ils vont enfin se rencontrer...
Bernard Campan n’est plus un inconnu, et il a bien fait de passer à son tour à la réalisation. Après quelques apparitions remarquables dans Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, avec Isabelle Carré (thème de la maladie d’Alzeimer), Le Cœur des hommes, de Marc Esposito, et Combien tu m’aimes avec Depardieu et Monica Belluci, Campan campe désormais dans la cour des grands.
Avec une mise en scène au cordeau, il parvient à ouvrir des doubles fonds et des chausse-trappe qui ne trouvent leur éclaircissement qu’à la fin du film, qu’on ne vous racontera pas car ce serait gâcher le plaisir de se laisser surprendre par cette scène finale qui, à elle seule, justifierait de revoir tout le film.
On retrouve, parmi les performances d’acteurs, l’impeccable Jean-Hugues Anglade, acteur rare ces temps-ci. Mais le plus fort reste le duo Campan – Karin Viard, magnifiques dans leur rôle de couple au bord de la crise, sans jamais la franchir, et avec une pudeur dans le dénouement (faut-il le rappeler ?!) qui donne au spectateur beaucoup de plaisir.
La Face cachée, comme tout un chacun, explore ce qui fait la profondeur des sentiments et de la vie des hommes sur cette planète : on aura beau se voiler la face toute sa vie, « tout ce qui est caché sera un jour révélé ». Précepte biblique à la limite de la corde usée par trop de niaiserie dans l’interprétation. Bernard Campan, en exégète du couple, se pose non seulement comme un réalisateur et scénariste majeur, mais aussi comme thérapeute conjugal efficace. La Face cachée, on en redemande.

par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Jeudi 16 août 2007

                                           Le fils de l’épicier


Le Fils de l'épicier - Clotilde Hesme et Nicolas Cazalé


     de Eric Guirado. France 2006. 1h36. Distribution : « les Films du losange ». 75 copies. Avec : Nicolas Cazalé ; Clotilde Hesme ; Daniel Duval…                   

       Avec Quand tu descendras du ciel en 2003, Eric Guirado avait obtenu plusieurs prix, dont ceux du public, dans des festivals comme Angers, Mulhouse, Rome ou Florence. Peu après ce premier long métrage, il avait réalisé pour France 3 une série de reportages sur les métiers itinérants en région Auvergne et Rhône – Alpes. Le Fils de l’épicier a certainement germé dans son esprit à ce moment-là.
Antoine a trente ans, vit de petits boulots autant dire de galères sans fin. Il a quitté sa région natale autant que rurale dix ans plus tôt, plutôt fâché avec ses parents et surtout son père, épicier de village et itinérant, assez peu porté sur le dialogue. Lorsque celui-ci est hospitalisé à cause d’un accident cardiaque, sa mère lui demande si il ne pourrait pas, par hasard, «faire la tournée avec le camion» le temps d’un été, pour dépanner. Antoine, cache sa joie et accepte, surtout que sa voisine de palier, Claire, reprend à vingt-six ans des études et tente de passer son bac. L’air de la campagne lui fera le plus grand bien, pense-t-il. Ils partent tous les deux et s’installent dans l’épicerie, qui n’a rien d’une épicerie fine…
Le Fils de l’épicier est un film à plusieurs entrées : d’abord il est rare que la ruralité et ses petits dommages collatéraux soient portés à l’écran. On se souviendra longtemps des affres de l’exode rural dans : C’est quoi, la vie ? de François Dupeyron, avec Eric Caravaca, Jacques Dufilho et Jean-Pierre Darroussin, en 1999. Pour le reste, pas ou si peu de choses intéressantes.
C’est aussi un film sur les secrets de familles, les non-dits qui étouffent et enferment père, mère et frères. La vie rude de petits commerçants besogneux, mais sans grandes ambitions, « des bricoleurs » comme l’avouera le père, excellent Daniel Duval.
Nicolas Cazalé, en trentenaire pas sûr de lui, légèrement renfrogné et sombre, campe parfaitement le rôle d’Antoine, qui a trop rêvé sa vie pour la vivre simplement. Clotilde Hesme apporte une touche d’espièglerie et de fantaisie dans ce pays de cocagne où l’épicier ambulant est bien souvent la seule personne avec laquelle « les vieux » encore là et surtout encore vivants, échangent quelques mots dans la journée. Eric Guirado avait été frappé par cet appauvrissement des zones rurales. Le phénomène n’est certes pas nouveau (ça dure depuis quarante ans), mais le voir au cinéma est suffisamment peu fréquent pour qu’on apprécie. On est loin de la campagne version Jean Becker et la campagne aux vertus euphorisantes pour Par..…ns bobo en mal de vie. Pas besoin de jouer à la marchande pour ce Fils de l’épicier, qui saura trouver son public… Hélas, sûrement plus dans les zones urbanisées que dans les campagnes, désertifiées par les salles de… cinéma.

 

 

 

 
Filmo :
Nicolas Cazalé : UV (Gilles Paquet-Brenner, 2007)
Pars vite et reviens tard (Régis Warnier, 2007) 
Saint-Jacques… La Mecque (Coline Serreau, 2005).
Clotilde Hesme : Chansons d’amour (Christophe Honoré, 2007) 
Les amants réguliers (Philippe Garrel, 2005)


Le Fils de l'épicier

 

 

Le Fils de l'épicier

 

Le Fils de l'épicier - Clotilde Hesme et Nicolas Cazalé

 

Le Fils de l'épicier - Clotilde Hesme

 

 

par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Jeudi 9 août 2007

                                       La fille coupée en deux

de Claude Chabrol. France 2007. 1h55. Avec : Ludivine Sagnier ; François Berléand ; Mathilda May ; Caroline Silhol ; Benoît Magimel

      Le Chabrol annuel est arrivé ! Après l’examen de la bourgeoisie viticole en bordelais (La Fleur du mal, en 2006), c’est au tour de la néo bourgeoisie lyonnaise, tendance écrivain,  d’en prendre pour son compte, façon Chabrol.
Une présentatrice télé locale, un jeune dandy schizophrène qui croit pouvoir tout acheter avec son fric et sa réputation (pourtant déjà écornée), un écrivain revenu de tout sauf de la plastique séduisante des jeunes filles en fleur, une assistante énigmatique et une bourgeoise manipulatrice : le cocktail chabrolien peut fonctionner à plein régime.
La fille qui présente la météo (et qui porte le nom adéquat de Gabrielle Neige, soit deux anges dans un seul corps) est éprise de deux hommes : l’un par défi (l’écrivain, qui a l’âge d’être son père), et l’autre par dépit (le jeune zinzin de son âge, détestable mais justement attirant). Il n’en faut pas plus pour que l’intrigue rebondisse à la suite d’un assassinat (on ne vous dira pas lequel) en public qui permet à tout ce joli monde d’asseoir sa réputation… ou de la perdre.
Grâce à une distribution millimétrée, Chabrol une fois encore réussit son pari : dépeindre une situation provinciale et bourgeoise en toute quiétude, et ça fait mouche. Hédoniste et jouisseur, François Berléand campe cet écrivain très séducteur avec les femmes en public, mais véritable catastrophe sous l’alcôve. Joli minois et cheveux d’ange, Ludivine Sagnier joue la candide ingénue bercée d’illusions. Le jeune dandy zinzin Benoît Magimel (mention spéciale), incarne à lui seul toutes les frustrations et actes manqués des nouveaux riches qui ont tout, sauf l’essentiel. Ses simagrées sont délicieuses, et le sale gosse n’en est pas moins insupportable. Mathilda May, dont on est heureux de revoir la beauté fatale dans un film d’auteur, ajoute une touche d’énigme et de froideur calculée à l’édifice chabrolien. Caroline Silhol, en bourgeoise de province obnubilée par la réputation est un modèle du genre.
Sans aucun doute, La fille coupée en deux est certes un film de Claude Chabrol de plus, mais pas un ennuie de moins : pas une seconde on songe à quitter la salle, hypnotisés par cette peinture sociale dont il nous semble avoir déjà vu les contours. Et pourtant, d’une étonnante fraîcheur. Qu’il me pardonne, mais c’est un peu comme Balzac, au cinéma.
Ce qui est, vous en conviendrez, nettement moins fastidieux.

La Fille coupée en deux - Affiche conçue par Miss.Tic

La Fille coupée en deux - Ludivine Sagnier et François Berléand

 


La Fille coupée en deux - Mathilda May

La Fille coupée en deux - Ludivine Sagnier et Benoît Magimel

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Mercredi 13 juin 2007

Et toi, t'es sur qui ?

     de Lola Doillon. France 2007. 1h30. Distribution : Rezo Films. Avec : Lucie Desclozeaux ; Christa Théret ; Gaël Tavares ; Nicolas Shweri…

     Fille de Jacques, Lola Doillon, 32 ans, réalise son premier film, après avoir touché à presque tous les métiers du cinéma. Après un premier court métrage il y a deux ans (Majorettes), elle écrit  Et toi, t’es sur qui ?, histoire d’adolescents aux prises avec l’amour. Thématique déjà visitée par son père.
Elodie et Julie sont dans l’œil du cyclone : entre la troisième et la seconde. Elles sont copines, dans le plus pure style des adolescents de cet âge. Elodie est légèrement introvertie, et Julie est « gothique ». Les vacances approchent. Elles font un pacte entre elles : coucher avec un garçon avant l’été. Il ne reste qu’une semaine, et un stage en milieu professionnel. Côté garçon, le choix est limité : Vincent en pince pour Elodie, dont il est vraiment amoureux. Mais elle « kiffe » Nicolas, sorte de petit con vantard qui collectionne les aventures, à ce qu’il dit. Les filles vont coucher avec les garçons, en effet, mais pas nécessairement celui qu’elles voulaient au départ. Crise d’ado, crise du corps et du cœur, je te cherche, tu me manque, tu me plaît, il ne t’aime pas. On est en plein dans le mille.
Tourné en cinq semaines à Angoulême, Et toi, t’es sur qui ? respire la fraîcheur du premier film, pour tout le monde, puisque pour les acteurs, comme Lola Doillon, c’était aussi « la première fois ». Au final, un petit bijou de liberté, alternant entre légèreté et gravité, comme un Truffaut trente ans après. Un objet rare dans le monde du cinéma, les films aux sujets adolescents étant trop souvent caricaturés pour être crédibles. Lola Doillon a visiblement bien compris et évite le piège, on sent que l’équipe s’amuse et dépasse le sentiment de première fois. Et toi, t’es sur qui ? Et bien nous on est sur ce film, et certain d’une chose : l’adolescent qu’on a été n’est jamais loin.


par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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