quelle époque !

Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 20:28

 

chez Picard (2)

                                    apéro "vintage" d'un réseau social non virtuel

 

 

Apéro géant à Nantes : un mort. Un jeune de 21 ans s’est tué en tombant d’un pont, après une chute de cinq mètres entrainé par tout son poids, plus 2,4 grammes d’alcool dans le sang. Haro sur Facebook, organisateur masqué de ces nouvelles orgies, bacchanales, ou fêtes dionysiaques, bref : des beuveries. Cible : les 15 – 25 ans. Pour contrer le phénomène, Brice Hortefeux, à jeun dans son costume de premier flic de France, rassemble préfets et édiles municipaux pour endiguer le phénomène. La droite actuelle étant ce qu’elle est, il y a fort à parier qu’elle avance casquée et armée de boucliers. Interdisons les rassemblements, tapons sur la jeunesse, au lieu d’essayer de résoudre le problème à la racine. Si les jeunes se rassemblent de cette manière, sans autre but précis que de se « prendre une mine », c’est qu’ils trouvent, peut-être, dans ces actions de quoi se faire entendre. Le gouvernement l’entend-il, lui, le cri de cette jeunesse ? Tiens d’ailleurs, comment se nomme le ministre de cette jeunesse alcoolisée ? Tentez des réponses spontanées en commentaires de cet article…
Ces jeunes – dont on peut en voir beaucoup errer tard dans le métro de Lyon par exemple, une bouteille à la main y compris de très jeunes adolescentes – sont issus de la génération qui elle s’enivra sur le tube de Patrick Sébastien « allez, viens boire un p’tit coup à la maison, y a du blanc, y a du rouge, du saucisson, et Gilou avec son p’tit accordéon… ». Oui, nos parents buvaient aussi pour oublier le triste sort dans lequel ils étaient. Mais ils buvaient cachés, chez eux, entre deux saucisses de barbecue. Désormais, on picole dehors, vu que les bars sont devenus des lieux tristes et mornes, trop chers, où il n’est plus permis de s’en griller une, où les serveurs tirent une gueule de repris de justice et où déplacer une chaise pour s’asseoir à une autre table s’apparente aux yeux de l’aimable patron à un crime de lèse majesté. Donc cette insolente jeunesse fonce dans les superettes bon marché se fournir en bières fortes, mélanges vodka - jus douteux, whisky de base et même du pinard de pochtrons.
Faut dire qu’il y a de quoi rechercher l’ivresse, d’abord parce que le vin, c’est bien connu, c’est « chez Nicolas » qu’on va le chercher. Lequel ne fournit pour le moment que de piètres solutions pour la société et l’avenir des jeunes. Sans boulots, coincés entre leurs parents au chômage, les « vieux » de 50 ans qu’on placardise, les très vieux qui nous encombrent, ils galèrent de CDD en CDD, et « tanguysent » chez leurs parents puisqu’ils n’ont pas d’autres choix économiques. Alors boire un coup en se réappropriant la rue de laquelle on croyait les avoir chassés, c’est pour eux une solution pour se faire entendre, et passer un peu de bon temps, même si ils ne connaissent pas tous le monde. La punition et les interdictions, à grands renforts de CRS est-elle la seule solution en magasin ? Vont-ils faire preuve d’un peu plus de psychologie ? J’ai des doutes sur la réponse…

Dans Un Singe en hiver d’Antoine Blondin magnifié dans le film d’Henri Verneuil, Gabin a cette sublime saillie : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus ; c’était l’ivresse ».
Voilà exactement ce que recherche ces jeunes qui s’étourdissent dans des apéros Facebook (ou ailleurs). L’ivresse… De la vie, de l’espoir, des perspectives heureuses, de l’amour qui sait ? Que leur proposera-t-on ? L’ivresse des grandes profondeurs ?
Allez patron, une tournée, une !


Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 12:00
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         D’abord il y avait la grève des bus. Nous y sommes donc allé à bicyclette, mais sans Paulette. Un forum de l’emploi, c’est souvent paumé dans une zone où est installé un « parc des expositions ». Aujourd’hui, on y expose recruteurs (200), offres d’emplois (des milliers), et des chômeurs (des millions). Ca méritait le déplacement. 

          A l’entrée, il faut donner son Cv à une hôtesse d’accueil (discrimination : où sont les « hôtes » d’accueil ?). En guise de Cv, je sors ma carte de presse, et me voilà entré dans le ventre chaud et grouillant des « emplois en Seine », car c’est par là que ça se passe. Tout ce qu’une région compte de jeunes de moins de 25 ans s’y est donné rendez-vous : ils sont des centaines, dossiers et Cv sous le bras, engoncés dans leurs costumes trop grands, ou sur des talons trop hauts, à arpenter les allées du forum, discuter avec les recruteurs  - dont certains sont sergents pour de vrai, au stand « armée » il y a du monde, même à la Légion Etrangère. Certains font la queue pour un pré-entretien qui termine le plus souvent par : « inscrivez-vous sur notre site internet et mettez votre profil en ligne ». La décortication minutieuse de cette petite phrase entendue sur place mériterait à elle seule une thèse en trois tomes. Je ne retiendrai que « mettez votre profil en ligne » imaginant ce que, physiquement, ça pourrait donner.
Au stand « parcours atypique », je fais la connaissance du créateur du site internet « parcoursatypique.com ». Le prospectus indique qu’il s’adresse à des « anciens sportifs, ceux qui ont des blancs sur leurs Cv, retour de missions humanitaires, changement de vies » etc. Des cas incasables en somme. Je risque un : « et pour les anciens taulards ? ». La réponse est mitigée. Je pousse le bouchon un peu plus loin, limite vulgarité : « et les anciens religieux, moines, clergé etc ? ». « Tous les parcours valent la peine, précise l’atypique créateur de site, du moment que les gens sont compétents et motivés ». C’est donc ça. Il y en a un plein hall de gens « compétents et motivés ». Certains sont là depuis 8h du matin, pour être sûrs d’être les premiers. Atypiques on vous dit !
Puis je m’attarde sur les slogans que seuls les agences de com’ spécialisées en « quali » savent inventer pour faire gober des couleuvres aussi grosses que des grenouilles ayant avalé un bœuf : « en magasin, en entrepôt ou dans les fonctions supports, nous partageons tous les mêmes valeurs. Esprit d’équipe, autonomie, sens des responsabilités et de l’engagement. Vous avez ces qualités ? Rejoignez-nous ! ». Essayez, ça marche avec tous les boulots. Là, c’était pour être magasinier chez… Ed (l’épicier).
Deux jeunes femmes, beurettes (discrimination ! je vais me faire choper par la Halde ou pire : par Gérard Longuet !), discutent : « la différence ? Il faut te faire licencier, pas démissionner ! Sinon, tu ne toucheras pas le chômage. Tu vois, machine, elle s’est faite licenciée. Elle n’allait plus au taf, à force son patron il l’a li-cen-ciée ».
Une autre jeune femme, près des toilettes, porte sur son visage tout le désarroi qu’une telle journée peut apporter. Peut-être venait-elle de chez Manpower ? « Vus avez le sens de l’écoute, le sens commercial, une bonne élocution, une forte disponibilité (8h – 21h) ? Contactez Manpower tertiaire ». Cette jeune femme, ni trop belle, ni trop laide (on sonne chez moi : merde c’est la Halde !) ne devait sans doute pas être tout à fait dispo de 8h à 21h…

En partant, je passe devant les métiers des casinos. Pas pour remplir les rayons d’un supermarché, non, pour être croupier ! Les casinos recrutent ! Mais là attention, plus question de rigoler – même si on y vient pour jouer. Langage châtié, bonne présentation, à l’aise en calcul mental, forte mobilité (Paris, Lyon, Bordeaux, Namur, Manchester), horaires décalés (16h – 4h du matin), et… salaire au Smic, sans compter les pourboires. Sur le stand, une table de blackjack, avec un croupier en action, et trois joueurs qui perdent, perdent, perdent.
Leur temps.



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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 22:05



Les conséquences de la crise que nous vivons sont nombreuses. Mais certaines sont inattendues. Le chômage – ou la crainte d’y tomber – est tel que d’anciens ministres de la mitterrandie acceptent n’importe quel poste proposé par le Prince Tout Puissant de la République. Comme les Auvergnats : « quand il n’y en a qu’un, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose problème ».
Il y a pire : certains anciens ministres ont du mal à savourer le quotidien de leurs mandats électifs retrouvés. On connaissait une ancienne garde des sceaux devenue avocate par « validation des acquis d’expérience » (ainsi elle sera peut-être la première victime de sa fameuse carte judiciaire). Le meilleur nous avait échappé. Que devenait Santini, après avoir brillé comme secrétaire d’Etat à la fonction publique ?
Et bien il allait voir Madame Irma, pour y lire dans sa boule de cristal et dans les astres les résultats des prochaines régionales. Avant le désastre ?



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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 10:37



Le désenchantement du monde, dont on pense souvent qu’il a atteint sa limite, avance un peu plus loin à chaque coup de boutoir consumériste que la technologie moderne nous offre sans que nous en ayons à priori besoin. Le succès planétaire (nous dit-on) de l’ail faune en est une preuve flagrante. Chez l’opérateur « Orange », huit téléphones sur dix vendus au moment de noël sont un de ces nouveaux jouets dont il est difficile de ne pas céder à la tentation, ou à ses ersatz. Le blogueur s’est lui-même laissé prendre par la sirène de la facilité : au creux de la main, avec un appareil d’une marque similaire, tout internet et plus encore si on veut. Il a d’ailleurs lu cette information sur le dit smartphone en furetant sur le site ouaib du « Monde ».
L’ail faune, c’est le couteau suisse de la téléphonie actuelle. Autrefois, le chic du chic, c’était d’avoir dans la poche de quoi visser, scier, couper, gratter, limer, décapsuler, coudre même parfois, bref bricoler, démonter un pneu, allumer un feu, amputer une jambe de bois, ouvrir une porte en toute circonstance. Aujourd’hui – sans craindre d’emprunter les transports en commun de l’histoire qui se fabrique sous nos yeux – le fin du fin c’est d’être connecté en permanence. Et nous ne nous rendons pas compte à quel point ceci modifie considérablement nos modes de vie. A la mesure du vertigineux passage de la lampe à huile à l’ampoule électrique fin XIXè siècle. Comme le dit l’homme de la rue à la voix populaire : « je ne sais pas si le boum des technologies modernes de communication va de paire avec les choses intéressantes à dire ».
Heureusement, il reste les bonnes vieilles valeurs pour nous raccrocher à la terre « ferme » : les séismes de magnitude 7 (qui frappent plus souvent chez les pauvres aux régimes politiques dictatoriaux que dans les contre-allées de l’avenue Foch ou la presque-île lyonnaise), les engueulades entre politiques et dromadaires à heure de grande écoute, le principe de précaution dont on prend de plus en plus précaution, et la liste est longue. Il y a même ce retraité d’un âge respectable assénant à la (jeune) boulangère du quartier un tonitruant « j’ai bossé quarante ans de 6 heures du matin à 9 heures du soir, et je n’en suis pas mort ! ». Non, en effet, mais question progrès social, il y a encore des claques qui se perdent…



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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 10:25


C’est l’histoire d’un mec qui ne bosse pas,  en contrat à durée indéterminée. Il en profite donc pour parfaire sa forme physique, en « joggant » le matin tôt, plaisir qu’il avait perdu du fait de ses anciens horaires très matinaux sur une station de radio à l’audience faible mais proche des cieux. Courir le matin tôt, c’est la certitude de croiser ceux qui vont au boulot, sentir cette excitation frénétique du réveil qui a sonné il y a peu, des douches chaudes et cafés tièdes, les effluves de parfum offrant une traçabilité à des femmes parfaitement vêtues et des hommes clonés sur le modèle costume-cravate-serviette en cuir, des livreurs en livrée sans manche, suant déjà au cul du camion, des artisans perceuse en main, des écoliers trottinant vers l’usine. 
C’est un de ceux-là justement, qui donna à cette journée une réplique aussi anodine que touchante. Pendant que sa mère sortait des trucs et des machins de la voiture, le gosse, à peine cinq ans, un petit cartable sur le dos et emmitouflé dans une épaisse doudoune, s’exclama au passage du sportif : « oh ! regarde maman ! un coureur ! tu crois qu’il va gagner la course ? ». Lequel lui fit deux signes du « v » de la victoire avec les doigts, histoire d’ajouter le geste à la parole. 
Sacré gamin va ! Il ne le sait pas, mais cet encouragement à gagner une course que le coureur de fond est seul à engager au petit matin, est perçu comme un signe annonciateur d’une journée qui ne sera pas complètement inutile. 
 
Qui a dit, déjà, il y a dix ans, « la victoire est en nous » 




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