édito

Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 12:00


Recalé par le site www.sacristains.fr , le site « qui sonne les cloches » (mais pas trop fort donc…), vous aurez cet article sur ce blog.
Dommage que le comité de rédaction du blog sus cité ne soit pas à la hauteur du carillon fait autour du concept.
Comme dit le dicton : « beaucoup de bruit pour …  » (much ado about nothing).




Pourquoi aucun évêque français ne s’est rendu aux obsèques de l’archevêque d’Haïti ?

Le 23 janvier dernier, Mgr Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince était inhumé à Haïti en présence du nonce apostolique, de l’archevêque de New-York Mgr Timothy Dolan, et l’archevêque métropolitain de Cap Haïtien. Mais aucun évêque français. L’Eglise de France et de nombreux mouvements et associations appellent aujourd’hui à la solidarité avec le peuple haïtien, rappelant les liens étroits qui unissent les deux Eglises.
Pourquoi la Conférence des Evêques de France n’a dépêché aucun de ses membres pour assister à ces obsèques ?
L’archevêque aurait-il pris une deuxième fois le ciel sur la tête ?

Mgr Marc Steinger, évêque de Troyes, président du mouvement Pax Christi France et évêque accompagnateur du CEFAL (le pôle Amérique Latine de la Conférence des Evêques de France) se rendra en Haïti du 12 au 19 février prochain. Si son entourage indique que cet évènement est majeur dans le soutien moral et physique aux Haïtiens, on aurait pu imaginer plus prompte réponse à la catastrophe qui a frappé l’île le… 12 janvier dernier. Un mois, déjà.

« Mgr Serge Miot est mort, on a retrouvé son corps dans les ruines de l’archevêché »
indiquait dans un court message le Père André le Barzic, prêtre français membre des Pères de St-Jacques. Une grande partie de la famille de Mgr Miot vit en France. Parmi les nombreux bâtiments d’Eglise touchés par le séisme, le séminaire de Turgeau s’est écroulé, la cathédrale est fortement endommagée.
Le directeur de Radio Soleil, radio chrétienne de Port-au-Prince et détruite elle aussi, interrogé sur RCF, regrette poliment l’absence de représentant de l’Eglise de France aux obsèques : « c’est vrai que la présence d’Eglises sœurs aux obsèques de Mgr Miot nous aurait sûrement encouragés. Mais peut-être qu’il y avait des problèmes de transport. Toujours est-il que nous comptons sur la solidarité et la prière de nos Eglises sœurs. Caritas a peu de moyen sur place. Nous comptons sur l’appui et le soutien de l’Eglise de France ». On ne saurait être plus diplomate sur la question.

Difficile de mener l’enquête, la question étant visiblement incongrue pour les principaux interlocuteurs que nous avons contacté, tant au secrétariat de la CEF qu’à l’archevêché de Paris, puisque nous pouvions imaginer un déplacement de Mgr André Vingt-Trois lui-même (pdt de la CEF). Le seul réponse véritablement officielle est celle des difficultés de transport aérien entre la France et Haïti. Pour quiconque a visionné le journal télévisé sur n’importe quelle chaîne, il aura pu constater que les journalistes français ont réussi à atterrir, eux, et ils n’ont sans doute pas été parachutés d'un Transall.
On songe aussi à un vol Paris – Haïti via New-York, puisque son archevêque Mgr Timothy Dolan a visiblement trouvé un vol et un endroit pour atterrir.

Pour le Père Philippe Klokner, du CEFAL, « c’est étonnant en effet d’autant plus qu’on connaît les liens qui unissent la France et Haïti d’une part, et des deux Eglises d’autre part », rappelant lui aussi la visite prochaine de Mgr Marc Stenger. « Peut-être a-t-il été prévenu trop tard ? » indique-t-il du bout des lèvres.

Il semble évident qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi sur ce coup-là les évêques français ont brillé… par leur absence. Il est heureux de constater que cet acte manqué n’empêche pas le déploiement d’un zèle particulier affiché par les mouvements et associations d’Eglises dans le but de lever des fonds d’aide aux sinistrés d’Haïti, et d’organiser des liturgies thématiques. Ceci dit, lorsqu'une personne est en deuil, un soutien moral par la présence affectueuse est souvent apprécié. Chacun en aura fait, un jour, l'heureuse expérience...


Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 19:10

Toi qui es aujourd’hui un professionnel du management, un polytechnicien diplômé, spécialisé, confirmé, un centralien ultra formé aux rigueurs des méthodes de travail issues de la mondialisation. Toi qui es aujourd’hui un « cost killer » dans un grand groupe, chargé d’optimiser en rayant d’un trait sur un tableau des montagnes de chiffres, derrière lesquelles se cachent en fait des personnes, des vies, des parcours professionnels. Toi le financier, adorant le dieu « Bourse » et son apôtre Cac 40, obnubilé par les dividendes à verser aux actionnaires toujours plus avides de résultats, façon « up or out ». Toi qui n’as pas de contact avec la réalité, qui ne sait pas et ne veut pas savoir qui est derrière ces chiffres que tu manies avec l’aisance d’un enfant jouant au mécano. Toi qui manage tes équipes par le stress, la terreur, les coups bas, les petits arrangements, les menaces, les délocalisations sauvages et les mutations géographiques : qui étais-tu lorsque tu étais petit(e) ?

Je t’imagine enfant, dans la cour de l’école. Etais-tu un caïd jouant au petit chef, manœuvrant un vaisseau pirate dans un bac à sable ? Etais-tu un champion de billes, les poches remplies à la fin de la récréation alors que tu en avais seulement deux en arrivant le matin même à l’école ? Etais-tu solitaire dans ton coin, raillé par tes camarades qui ne voulaient pas jouer avec toi, te traitant de « fayot », parce que tu répondais souvent juste aux exercices de maths même ceux avec plein de chiffres et de virgules… As-tu été un collégien boutonneux assis bien sagement sur ta chaise alors que le reste de la classe hurlait en gigotait en attendant que la prof n’arrive ? Ou bien as-tu été un vrai premier de la classe, ne te satisfaisant que des notes au dessus de dix-sept sur vingt, pleurant de rage pour un quatorze en rentrant chez toi dans ton polo « Lacoste » ou « Poivre blanc » offert par ton père à la fin de ta première compétition de tennis ? As-tu été cette fille constamment courtisée et jouant avec les nerfs de ta cour empressée de se savoir en grâce auprès de toi, ou bien étais-tu la fille à qui personne ne parle, dont les professeurs disaient à la fin de l’heure : « ah tiens au fait, elle n’était pas là, machine ? ».  Qui étais-tu, as-tu écrit sur les fiches de renseignement en début d’année que tous les profs demandent de remplir, que tu voulais devenir « contrôleur de gestion, trader, financier dans une grande banque d’asset management » ? As-tu indiqué que tu voulais piloter tes équipes en leur collant un stress aux fesses au point de les rendre malades, de les asservir et les esclavagiser avec des méthodes qui donnent la nausée tant elles sont énormes, irrespectueuses, outrageuses ?  Non, je n’imagine pas que tu aies pu écrire cela un jour. Comme tous les ados et les enfants de ton âge, tu voulais devenir médecin, vétérinaire, pompier, cosmonaute, pilote d’avion, chercheur de médicaments pour soigner le cancer (comme celui qu’a eu ton grand-père qui est parti si vite…). Tu te voyais marié(e), avec des enfants, allant à la pêche ou à la messe le dimanche, organiser des piques niques, faire du vélo en famille, leur apprendre des choses sur les insectes et les fleurs de montagne, apprendre les départements sur la route des vacances ; tu ne te voyais sans doute pas rentrer à 22h tous les soirs fatigué par une journée harassante à manier des millions de « kilo euros », car c’est lourd à porter à la longue, les « kilos euros »… Tu ne te voyais pas rentrer tard à cause d’une réunion avec un syndicat qui s’est terminée dans le chaos d’un « plan social » qui n’a de social que le nom, puisque les chiffres que tu barres en pensant aux actionnaires et aux profits dégagés ne sont pas pour toi des êtres humains. Tu aurais préféré lire des histoires de petits ours bruns plutôt que de remonter les couvertures sur tes enfants endormis depuis longtemps déjà en arrivant…

Peut-être, quand tu étais petit, tu aurais bien aimé toi aussi que quelqu’un vienne te chercher à la sortie de l’école, te prenne par la main et t’embrasse sur la joue en te demandant : « alors, c’était comment aujourd’hui ? qu’avez-vous fait ? c’était bien la cantine ?». Non, au lieu de ça, tu seras sûrement rentré chez toi seul, en repensant aux humiliations subies durant cette journée merdique où tu as perdu toutes tes billes en un instant, où tes copines n’ont pas voulue jouer avec toi à l’élastique, où celle que tu convoitais depuis la rentrée t’a dis « non mais ça va pas la tête ou quoi ?», et tu rentreras dans la maison vide et sombre en attendant tes parents, cadres dans une grande entreprise ou fonctionnaires d’un service public de télécommunication. Tu auras pris ton chocolat froid qui sortait du frigo. Et dans la solitude de ta chambre, où ton frère ou ta sœur sera encore venu fouiller, tu feras tes devoirs sous la lampe de bureau à tête de Mickey. Tu commenceras par les maths. C’est ta matière préférée. Tu additionneras les bénéfices, diviseras la masse salariale, multiplieras les profits et dividendes pour faire plaisir aux actionnaires, et soustrairas, à l’aide d’un trait de plume les éléments inutiles et retords de ton champ d’action : les hommes, au centre des préoccupations de l’entreprise.

Ce soir-là, sur un petit carnet qui reste caché sous ton matelas, tu auras écris à la page « qu’est-ce que je ferais plus tard ?» : « je veux devenir financier, très diplômé et autoritaire, comme ça je pourrais diriger mes équipes et les humilier en faisant du management par le stress et la terreur ».

Et tu décideras alors de tout sacrifier pour ça.

 

Librement inspiré par le livre de Ivan du Roy, Orange stressé aux éditions La Découverte.

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 12:29

« Il procède du père et du fils… ». Jean Sarkozy renonce, recul, n’ira pas dites-le comme vous voulez, briguer la présidence de l’EPAD, mais reste candidat au conseil d’administration de la même structure. Jeudi soir, sur France Deux, le Prince Jean a jeté la couronne de la Défense en même temps que l’éponge. Vraiment ? Dans un surprenant numéro de communication télévisuelle, le jeune homme de 23 ans a très vite appris tous les codes de l’exercice, et a du passer l’après midi dans un média-training, ce que résume très bien François Brochet ce jour dans « le Progrès » : « en cinq minutes à peine, Jean Sarkozy nous a tout fait : l’innocent persécuté, le fils obéissant, l’élu dévoué à ses électeurs, l’homme blessé, le jeune homme mûri dans l’épreuve, le politique d’une ambition. Du grand art. son père en plus blond, plus jeune, et plus calme. La gauche se réjouit ? Les inconscients ! ».
Mais s’il s’agissait d’un renoncement, dans l’intimité du confessionnal de David Pujadas, simultanément nous avons surtout la furieuse impression d’avoir assisté à un début. Hier soir, Jean Sarkozy a montré combien la chose politique le « passionne » pour reprendre son expression, et s’il se défend désormais de présider la Défense, il ne lâche rien pour la suite. Du genre : « on s’reverra… ». Il jette l’EPAD (cf le titre de « Libé » ce matin), mais pas pour autant le bébé avec l’eau du bain.
La polémique s’éteint là où elle se rallumait. Les « commentateurs qui commentent vont commenter » (ce qui donnera raison à Frédéric Lefèbvre et à papa), les parlementaires UMP vont pouvoir retourner dans leurs circonscriptions ce we sans trop se faire engueuler. Ceux qui avaient soutenu mordicus sa candidature vont pouvoir, avec la même mauvaise foi, affirmer qu’il a fait preuve de « sagesse, maturité », bref le plan com’ va tourner à plein régime avec ses expressions à réchauffer sur tous les tons, tous les modes, tous les temps du verbe, et l’écran de fumée va pouvoir se dissiper : nous pourrons passer à autre chose. Vraiment ?
Oui car restent les questions, et parmi elles l’inévitable de savoir si il a pris sa décision seul ou si « quelqu’un lui a dit que… ».
Lors de l’interview de Pujadas sur France Deux, Jean le fils, avec sa bonne tête d’apôtre, a eu cette sortie émouvante qui restera dans les mémoires : « si la question est de savoir si j’en ai parlé au président, la réponse est non. Si vous voulez savoir si j’en ai parlé à mon père, la réponse est oui ». Ah ! que c’est beau ! Il a parlé comme les prophètes, le disciple que papa aimait… Malgré des ficelles de communication très visibles, il faut admettre qu’il s’en est bien sorti, avec un costume de la fabrique Sarkozy, même si elle peut apparaître du coup effrayante.

Si le fils se sacrifie pour sauver le père, il devra le tuer un jour si l’animal politique qui sommeil en lui veut se révéler complètement, prouvant ainsi qu’il a « appris », comme il dit.
Si le père a sacrifié le fils, il doit s’attendre à ce qu’un jour ce dernier le dépasse, sans allusion de taille, au sein d’un dynastie dont nous avons peut-être assisté hier soir à l’acte I de naissance.

Et peut-être, pour toute cette affaire, un enseignement à garder pour la suite. A mi-mandat, Nicolas Sarkozy père pourrait bien commencer son chemin de croix, dont la fin nous a déjà été contée… Par le fils, justement.





 
Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 13:44


 
(photo AFP)

Autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, Michel Desjoyaux a donc remporté le Vendée Globe 2008-2009, après quatre-vingt quatre jours de mer. Elle a rendu son verdict, et le marin a mis en panne, au port. Le personnage est attachant, beaucoup mieux qu’un bigorneau rivé à la coque d’un bateau. Lesquels n’ont d’ailleurs pas pu s’y accrocher, vu l’allure ! Le meilleur a gagné, le plus rusé, le plus apte à faire l’herméneutique des cartes météo, a déjouer les pièges, à dormir avec parcimonie, à livrer ses soucis trois semaines après, et, par dessus le marché, le plus chanceux.


Bien sûr il fait des jaloux : les médiocres et les skippers d’optimistes par beau temps diront que « le professeur » fait parfois preuve d’un peu d’arrogance ou de cynisme, de piquant vis à vis de ses adversaires et néanmoins collègues de fortune (de mer). Le skipper de « Port Laf’ » (Port La Forêt, en Finistère), a pu dire, paraît-il, que les concurrents « avaient l’air en croisière » lorsqu’ils les rattrapa après quarante heures de retard dès le départ. C’était pourtant drôle comme répartie… Une forte gueule est l’apanage des experts, des vrais gens de mer, ceux forgés aux tempêtes et à l’humidité des embruns qui rime si bien avec humilité face aux éléments. Tout en sachant que la victoire ne peut s’annoncer qu’une fois la ligne franchie, tout le monde n’est pas capable – comme lui - d’empanner par trente nœuds ou de border à 19 quand les autres marchent à 16-17 pour ne rien casser à l’orée des mers du sud.
Néanmoins, ses premiers mots de terrien furent pour d’autres que lui : son équipe (l’immobilier va remonter…), et les trente autres marins – et marines – présents au départ,  dont il n’en restait bibliquement que douze dimanche dernier avant seize heures. Pas mal, pour un cynique, non ? Et preuve que nous avons bien un humain en face de nous : il a bu du bordeaux pendant la conférence de presse de débriefing. Un Saint-Estèphe, 2003.
 
Dans l’actualité agité, force huit fraîchissant neuf  voire dix ou douze en fin de nuit : Gaza, grèves, manifs, levée d’excommunication, tempêtes, négationnisme, chômage, mutations sauvages de préfets etc., l’arrivée de ce joyau un dimanche après-midi dans le chenal des Sables d’Olonne après 28300 miles à quatorze nœuds de moyenne a quelque chose de rafraîchissant. On ne se pose d’ailleurs même pas la question du dopage, ni de son salaire : nous sommes loin aussi des interviews dans les vestiaires de foot après le match.
Une joie que nous partageons sans rougir, un peu comme l’enfant qui vient de voir son voiler traverser le bassin du parc où ses parents vont en promenade le dimanche. Une joie simple, teintée de reconnaissance, de respect, d’admiration secrète, d’émotions variées, et d’envies futures. Même Jourdain a attendu pour annoncer qu’il jetait l’ancre aux Açores.

Desjoyaux dans l’écrin des Sables, c’est un bijou offert à ceux qui ont encore des yeux pour admirer l’admirable. Desjoyaux fait notre fortune, et pour une fois, ce n’est pas une fortune de mer…


Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 20:58

      Image:Rubis 02.jpg

 

             Le père d’un ami cher qui meurt, c’est un peu comme perdre un peu de soi aussi.
L’Amiral JP L. est mort ce soir, à l’hôpital des Invalides à Paris, avec à son chevet son fils accouru depuis Toulouse en urgence. Après avoir sillonné toutes les mers du globe, dessus et sous la mer, après avoir combattu en Indochine, en Algérie, sur les théâtres d’opérations extérieurs comme on dit, il avait posé son sac sur la terre d’Ossau, en Béarn, à l’abri de la falaise aux vautours de Béon. Cette gentilhommière qui devint il y a un an déjà son linceul, après une mauvaise chute dans les rudes escaliers de bois.


      L’Amiral L. a commandé la flotte des sous-marins d’attaque de la marine française. Il en portait haut la devise : « Honneur, Patrie, Valeur, Discipline ». J’ai eu la chance, car c’en était une, de rencontrer cet homme aux goûts simples aux sortir de mon service national, où j’avais fait la connaissance de son fils, un ami, un camarade, un frère. Il avait le sens des expressions qui font mouche, de l’humour pince sans rire, et cette rigueur dans la gestion des horaires, méthodique et organisé, qui n’était sans doute pas toujours la plus facile à vivre pour ses proches. Il portait encore sur son paletot et dans le verbe ses idéaux d’une France révolue, faite de travail, de sens du devoir, de sacrifice, de respect et de parole d’honneur, plus que tout au monde. Son horizon s’est longtemps borné à deux mètres maximum (on ne peut pas vraiment ouvrir les fenêtres dans un sous-marin), mais entre ses yeux et les hommes d’équipage, on sentait une vraie attention, comme si le commandement de l’un par rapport aux autres ne pouvait s’articuler que par ce mot : respect.


L’une de ses – nombreuses – anecdote marine, racontait que dans l’Océan Indien (ou Pacifique, peut importe), lors d’une pause en surface du « bateau » (c’est ainsi que les sous-mariniers nomment leur engin), il profita du beau temps et de la mer chaude pour faire un petit plongeon. Le commandant en second, voyant cela, dit à ses machinistes de mettre quelques minutes « en avant lente », sorte de première vitesse de propulsion d’un sous-marin, juste assez rapide pour ne pas permettre à un nageur, même très bon, de rattraper le bâtiment. Il riait de cette bonne farce faite au « Pacha », et nous l’écoutions avec délectation, reprenant une gorgée de vin de Navarre. Si loin des mers.


Aujourd’hui, Amiral, c’est vous qui avez mis « en avant lente ». Nous sommes juste restés à quai.


photo : le Rubis, en rade de Toulon (J.M. Roche)

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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