montagne

Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 07:00




Sans doute existe-t-il sur terre des lieux plus magnétiques que d’autres, des lieux magiques où la sérénité et l’énergie des paysages se mêlent jusqu’à plus soif. Tout est ici harmonie, et pourtant le Vercors ne fait pas oublier que des hommes, jeunes pour la plupart, ont combattu jusqu’à la mort pour que le mot « liberté » signifie encore quelque chose aujourd’hui. Dans la grotte où les marcheurs prirent place, afin de goûter quelques courts instants de repos avant le petit déjeuner, ils furent vingt-cinq, en juillet 1944 à résister, comme on dit pudiquement. Du paysage admiré aujourd’hui, rien n’a bougé, et le Mont Aiguille n’a pas perdu un centimètre en soixante-cinq ans. Il pointe toujours sa verticalité vertigineuse vers le ciel, comme un poing rageur levé, un signe pour rappeler qu’il y a deux types d’hommes, comme disait Péguy : « ceux qui se couchent, et ceux qui résistent ». La quiétude du lieu tranche avec l’historicité des combats, et il faut un effort d’imagination pour entendre les balles ennemies siffler et ricocher sur la roche. Les cris et l’agonie.

La nuit, l’orage a grondé, et il a plu fort. Signe que, de là haut, la résistance continue…












(Maquis de Trièves)
Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 21:23




Quelques bouquetins barraient le chemin. C’est à peine s’ils étaient dérangés par les marcheurs, à pas feutrés, qui tentaient une approche. Au delà du chemin, le ciel ; derrière le ciel, un autre chemin. Au bout du chemin, l’horizon, peuplé de terriens, sous le ciel fuyant du soir tombant. Après la pluie… Ca sent le fer d’une terre abreuvée.
Par delà les nuages, les monts, les pics et les roches. La glace en fuite laisse place aux pentes herbeuses, qui renaissent de leur mort annuelle. Au font, là bas, solide et menaçant, le géant blanc veille, drapé de soie.
Sors de ta cabane, promeneur, et marche ! La vie est là, elle t’attend et te guette. A l’instar de ces bouquetins elle te surveille. Pour y parvenir, sors de ton sommeil et plonge. Dans l’aube verte et bleue comme l’orange de la terre ouverte sous tes yeux.











 



Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /2009 20:46




A peine cinq mois séparent ces deux photos (). L’hiver en somme. Aux premiers saupoudrages de neige, cette légère couverture argentée, succède l’insolent vert des prés qui renaissent. Entre les deux, la rigueur d’une morte saison, que pourtant l’autochtone semble avoir traversé avec le même élan placide. Bien vivante finalement. La douceur de l’air est sensible, comme l’était l’humide fraîcheur annonciatrice des frimas hivernaux. Cette fois-ci, les fenêtres sont ouvertes. Le soleil, pourtant timide, rentre à plein poumons. Par delà les nuages, les cimes sont encore prises dans les glaces, mais plus pour longtemps. De loin en loin, on entend craquer les avalanches et par plaques dégringolent la moraine. Mieux vaut ne pas s’éterniser.
Par delà les nuages aussi, apparaît le village, en bas, si bas qu’il semble lové dans un mouchoir de poche. Tout semble minuscule vu d’ici, et ce n’est pas cette vache qui ne ri plus qui va nous contredire.
L’abondance du gave est toujours présente, mais il appelle désormais à y plonger, dès que sa température le permettra. Encore un peu de temps…
Nous étions parti avec le souvenir de ce sein montagnard bombé de neige et nous le retrouvons intact, frais, arrogant de verdure et de soleil tout entier. Et c’est désormais l’été qui pointe son désir vers nous, attirant irrémédiablement à lui les intrépides aux marches ardentes.












L'équarissage pour tous... (Boris Vian)
Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 16:03



     Partir. Endosser le sac à dos, toujours trop lourd, mais les victuailles seront d’un grand secours quand la pente cessera d’essouffler le marcheur. Puis regarder les cimes, et aller là où le regard s’est précédemment posé. Enquiller le chemin déjà tassé par les randonneurs à ski ou raquettes. S’éloigner du parcours classique, découvrir une vue imprenable, revenir aux fondamentaux : le sens de la pente. Sentir son cœur battre et rythmer chaque pas, le souffle calqué sur le tempo métronomique. S’arrêter, une vingtaine de secondes, pour reprendre haleine, entendre le sang cogner aux tempes et s’engouffrer aux tréfonds des membres. Regarder vers le haut, toujours en premier, puis vers le bas, pour contempler le chemin parcouru. Là bas, tout en bas, le village dont la rumeur a disparue. Assurer chaque pas, planter les crocs de la raquettes affamée de neige et de glace. Franchir le col, enfin, après avoir vu un camarade y disparaître en premier. Pause. Sentir la sueur perler dans son dos. Boire l’eau fraîche, croquer un carré de chocolat. Regarder la carte, pour assurer la suite. Encore une arrête, puis une autre (cachée par la première). Ensuite, une longue diagonale au soleil, neige étincelante et aveuglante. Il fait moins chaud : le vent rase le sommet futur et se fait déjà sentir. Tenir le béret pour ne pas le perdre. Râler contre la fatigue, malgré la préparation physique : il n’y en a jamais assez. Puis poser son sac, enfin, sur le sommet. Le sentir non plus sur sa tête mais sous ses pieds. Féliciter le compagnon de route, prendre les photos souvenirs. Regarder, seulement. S’abriter du vent, vite : il est glacial, pas question de déjeuner ici.



Redescendre légèrement dans un abri naturel. Surprendre les bouquetins, seuls autochtones des lieux si agiles en situations périlleuses. Les regarder nous regardant. Leur demander poliment de nous laisser passer.



Puis, après encore quelques efforts de descente assurée pour ne pas glisser, trouver la cabane. C’est à peine si on la voit ! Elle semble perdue, submergée de neige. Aménager la tranchée et les marches y accédant. Boire un thé chaud. Manger du chocolat. Commencer à envisager le repos nocturne. Rendre l’abri aussi confortable que possible. Dans le cas présent  il s’agira de rendre le frigidaire le moins hostile possible ! Explorer les environs, profitant des derniers rayons du soleil. Manger tôt, et surtout chaud. Faire « son lit », sa couche, isoler au maximum du froid qui pincera vers cinq heures du matin. Et poser la tête sur l’oreiller, enfin, sentant les jambes se décontracter après les efforts, comme un moteur chaud après la route. Sentir chaque membre devenir plus lourd, jusqu’à peser une tonne. Refaire le film de la journée, imaginer le lendemain. Goûter le silence absolu, seulement perturbé par les coups de boutoir du vent sur le toit.



Et sombrer au pays des rêves, fait de merveilles et de paysages légendaires. Ne pas avoir accompli de grands exploits à l’échelle de l’humanité, mais pour soi, déjà, le souvenir heureux d’une marche dont nous reparlerons longtemps. Sentir la nuit nous envelopper comme un linceul.

Dormir en montagne, l’hiver, à presque deux milles.









Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 18:00













Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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