Mardi 27 novembre 2007

                                       Sur la route

 


Sur la route, qui file loin
Derrière elle, son jardin
La route est longue jusqu’à la mer
Arrivera-t-elle avant l’hiver ?

Et elle a peur, sur le chemin
Et sur la route qui file loin
D’oublier, oui elle a peur
Sur le chemin
Et sur la route qui file loin

Sous les ronces, sous les bruyères
Et sous la mousse, et sous la pierre
Sous les algues, et sous la mer
Poser les cendres de l’être cher

Et elle a peur, sur le chemin
Et sur la route qui file loin
D’oublier, oui elle a peur
Sur le chemin
Et sur la route qui file loin
Elle est une rose en larme éclose
Elle est une rose en larme éclose.

Emily Loizeau, album L’autre bout du monde



Près de l'église de Varengeville, sur la "côte d'albâtre", se trouve un chemin qui se nomme "des grandes masures". Bocage normand, cottage anglais ou côte est des Etats-Unis : on hésite. Si vous passez par là, arrêtez vos pas et laissez-vous impressionner par la lumière sans cesse changeante des ciels normands. Elle apporte le courrier... (du coeur, évidemment).


 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Dimanche 21 octobre 2007

                                                 Strophes pour se souvenir
                                                                                                             Louis Aragon, 1955
           


Vous n’avez réclamé ni la gloire, ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans, que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouie pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments.
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

Poème écrit pour l’inauguration d’une rue « Groupe Manouchian » à Paris. Le poète arménien Manouchian, héros de la Résistance, chef du groupe dit « des étrangers », ou « de l’affiche rouge », a été fusillé en février 1944.
Avait-on vérifié son « ADN » ?



 

 

 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Dimanche 19 août 2007

                                                             Les Canuts

 

Pour chanter Veni Creator il faut une chasuble d’or.  

Pour chanter Veni Creator il faut une chasuble d’or.  

Nous en tissons pour vous, grands de l’Eglise, et nous pauvres Canuts,

Nous allons sans chemises.

 C’est nous les Canuts, nous allons tout nus.

 

Pour gouverner, il faut avoir, manteaux et rubans en sautoir.

Pour gouverner, il faut avoir, manteaux et rubans en sautoir.

Nous en tissons pour vous, grands de la terre,

Et nous, pauvres Canuts, sans draps on nous enterre.

 C’est nous les Canuts, nous sommes tout nus.

 

Mais notre règne arrivera quand votre règne finira,

Mais notre règne arrivera quand votre règne finira,

Nous tisserons le linceul du vieux monde, car on entend déjà

La révolte qui gronde…

 C’est nous les Canuts, nous n’irons plus nus.

 

(Aristide BRUANT, 1894)

 

 

 

 

 

 

 

 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Samedi 16 juin 2007

     « Fais en sorte que ta vie soit comme la cloche qui carillonne ou le sillon au sein duquel fleurit et fructifie l’arbre lumineux de l’idée. Elève ta voix au-dessus de la voix sans nom de tous les autres, et fais en sorte qu’on voie, à côté du poète, l’homme ».
(Nicolas Guillén, poète cubain du XXè siècle)

       

         Marre de tout ? Raz le bol des fins d’années scolaires frénétiques ? Envie de tout plaquer ? Besoin de vacances ? Rompre la solitude ? Le blog « Le Jour d’après… Fred Sabourin » vous offre quelques fonds d’écran. Ouvrez la fenêtre, respirez. Le lin est bleu, dépêchez-vous, après midi la fleur se referme. Quand à la plage de Varengeville, pour mieux la déguster, ôtez vous chaussures. Vous avez remarqué ? Il y a du sable sous vos pieds…



 

 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Vendredi 8 juin 2007

                                       impressions soleil couchant


      « Si j’étais peintre », dit l’enfant ce soir là, en mordant dans son jambon-beurre-salade, sur les quais de Seine… « Si j’étais peintre », je referais le coup de Monet, mais au soleil couchant. « Si j’étais peintre, je serais impressionniste ».
Il suffirait de presque rien, peut-être un peu de temps et de talent. De la peinture et de l’eau aussi. De la patience, parfois. De l’amour, tout le temps. Il suffirait de presque rien : juste être impressionné par le ciel, entre deux bouchées de melon. Contempler le ciel des yeux délavés par l’hiver. Le printemps a séché le reste.
On ne peut être peintre sans pinceaux. Avec les doigts peut-être ? Les ciels normands sont aussi beaux que les yeux qui les contemplent. L’enfant plonge les siens dans ceux de celle qui cherche la faille dans le cœur en hiver, et voit renaître la vie après la mort.
Impressions soleils couchant. Sous le pont Flaubert, coule la Seine, et les amours. En technicolor. Respirez, vous êtes vivants…



par Fred Sabourin publié dans : poésie
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