quelle époque !

Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 17:54

 

 

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                                         - jambon à la Ronsard -

 

 

Ce n’est ni une ville, ni un village. Un gros bourg. Historiquement l’endroit est connu pour y avoir accueilli une fameuse entrevue du 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler, qui scella l’allégeance collaborationniste d’une certaine France avec l’envahisseur. Le temps semble y être figé, et pourtant donne des signes de vie sous forme de hoquet. C’est jour de marché, et la place Clémenceau sort de sa torpeur grâce à la présence des marchands d’un peu tout. Fringues hors mode côtoient volailles vivantes. Plantes printanières jouxtent œufs et fromages de chèvre. Pacotilles et montres en toc à 5€ voisines des choux fleurs et d’une promo sur les endives. Ici, pas de vidéo-surveillance : le policier municipal, dans son uniforme bleu des villes, arbore une paire de baccantes digne des Brigades du Tigre. Il est aussi placier, et fait son tour. Les mains dans les poches, il discute avec un VRP vantant les mérites des fenêtres isolantes et isolées. Le Grenelle de l’environnement passera aussi par là. Un chapelier et casquettes tente d’appâter le chaland avec des lunettes de soleil. Manque de pot, ce dernier joue avec les nuages à l’instant même, et la fraîcheur retombe. Il est temps d’aller se restaurer. Un rapide tour d’horizon de la place offre le choix entre le café « du commerce », « de l’avenue », « de la cité » ou « de la paix ». Nous choisissons « la paix », comme un heureux présage. Il y a du sauté de veau en plat du jour, et des bouteilles sur la devanture.


La salle mâche dans un bruissement de paroles et de bouches pleines. Ça sent la frite jusque dans le cœur du veau. Des quarts de vin rouge de pays font des marques rondes sur les nappes en papier publicitaires. La tôlière, à trogne ad-hoc dans un gilet de laine grise nous accueille avec un sourire commercial. Sa jeune et diaphane employée de salle nous installe sur la table n°3, « à côté du monsieur, ça vous va ? » Le monsieur en question porte cravate et pull à col en ‘v’ bleu nuit. Il salut, poliment. Son portable vibre sur la table. Il porte un logo orange. Economique, le menu indique une entrée, plat et fromage ou dessert à dix euros cinquante. Va pour le menu économique, avec un énigmatique jambon « à la Ronsard ». S’il savait, le pauvre… Les crudités arrivent, et comme je le craignais, il y a du céleri rémoulade. Les souvenirs de cantoche remontent en un clin d’œil.
Dans un angle, près de la fenêtre, un homme entouré de cinq personnes. Age moyen, moyen âge. Il porte costume noir, chemise immaculée et cravate rose. J’ai l’impression de l’avoir déjà vu. Impossible, je ne suis jamais venu à Montoire-sur-le-Loir, ou alors de nuit, une fois, en traversant. J’y suis : je viens de voir sa trombine sur une affiche, devant sa permanence. Nous sommes en période électorale, les cantonales approchent. Il faut parfois ouvrir grand les yeux pour s’en apercevoir. J’entends des bribes de conversations. Un de ses sbires dit : « je ne veux pas te porter la scoumoune en disant ça hein ! » Le candidat à la cravate rose électorale répond d’un hochement de tête : « T’inquiète pas, je sais déjà… » Il semble résigné. C'est à se demander si Marine ne se présente pas ici aussi. Il évoque ensuite un différend entre voisins avec « des bambous à couper à ça de distance du mur. Le lendemain, ils commençaient déjà à repousser ! » Le jambon « à la Ronsard » arrive : une semelle archi-cuite et une noisette de beurre pour attendrir le tout. Les frites tiennent leur promesse : en les pressant, on pourrait éclairer la ville une soirée entière avec l’huile qui s’en dégage.
Comme il se fait tard, les tables se vident petit à petit, et le silence se fait. Un camelot, après moult manœuvres sur la place, entre et commande son déjeuner. Il retrouve une camelot(e) et discute le bout de gras. Le candidat aux cantonales lève le banc : la campagne continue, il faut organiser le collage d’affiches et préparer la réunion publique. Un couple de troisième (quatrième ?) âge entre et commande un café, et un grand crème (pour elle). « C’est à quelle heure le rendez-vous ? » demande l’homme. « A deux heures et demi, » répond la femme. Il reste donc au moins trois quart d’heure à attendre. Mais comme les déplacements se font lentement, ils partiront bien avant.


Moi aussi d’ailleurs, car mon heure approche également, et je ne voudrais pas manquer la visite du petit kiosque à musique qui trône sur la place. « Vous voulez une fiche pour les frais ? » demande la petite serveuse, mignonne comme une égérie de Ronsard. « Non, merci, » dis-je. J’en ai assez comme ça. Et tu viens sans le savoir de m’offrir un morceau de France d’ici baigné dans l’huile des frites de là-bas.
Dans dix jours, on votera aussi, à Montoire-sur-le-Loir.


 

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                                             - sans titre -

  

 

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                                            - mercredi jour de marché -

 

 

 

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                                                      - sur le kiosque on joue Mozart -

 

 

 

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                                         - l'entrevue -

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 09:10

 

 

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                                                   - L'ex ministre des Affaires étranges fait le plein -

 

 

 

Remaniement, remaniement. Remanie, remanie, il en restera (peut-être) quelque chose. Pas un mot à son sujet dimanche soir dans l'allocution télévisée du petit Nicolas pour son ancienne grande ministre des Affaires étrangères, professionnelle d'une République "irréprochable" (propos tenus le 14 novembre dernier).

"Pauvre" MAM, effacée de l'histoire...

Mais si d'aventure une once d'inquiétude planait sur son agenda désormais vide, qu'on se rassure : elle a déjà retrouvé du boulot. Un ministre, même en cas de coup de pompe, ça reste rarement longtemps seul au bord de la route, quoique dans le cas présent, ça demande vérification.

En tout cas c'est confirmé : MAM et POM ont bien leurs entrées aux pays producteurs de pétrole...

Pendant ce temps-là, le petit peuple besogneux, etc. etc.

 

 

  Photo Fred Sabourin, réalisée SANS trucage.

 

 

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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 18:06

 

 

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Le guignol. C’est ainsi qu’on nomme le banc des photographes de presse dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon à Paris. Vu de cet endroit, le spectacle peut en effet  faire rire, si on omet que nous sommes en face de représentants nationaux.

Pour faire des photos à l'Assemblée nationale - et d'une manière générale pour y faire à peu près n'importe quoi - il faut un "badge". Selon la couleur du "badge", vous allez là, ou là, ou encore ici. Mais si vous ne possédez pas la couleur verte, alors pas de photos. Je m'enquiers donc auprès du serviable service de presse d'un badge de couleur "verte" ad hoc. Démocratiquement muni du précieux sésame, on me dit : "mais demandez à un huissier qu'il vous accompagne à la tribune des photographes de l'hémicycle !" Je m'exécute, avisant le premier huissier que je trouve sur mon passage.

- "Je voudrais aller à la tribune des photographes s'il-vous-plaît.

- Au guignol ?

- ??? Au guignol ?

- Oui, c'est ainsi qu'on nomme la tribune des photographes de presse, le guignol !

- Bon ben... un ticket d'entrée pour le guignol alors !"

 

J'ai compris en entrant dans la minuscule tribune munie de strapontins inconfortables (sans doute pour que nous n'y restions pas longtemps) que le guignol est en fait soit du côté de l'hémicycle soit du côté tribune, selon la place occupée ici. On est alternativement au guignol ou guignol soi-même.

 

C'était mercredi 15 décembre, à 15 heures, pendant les fameuses questions au gouvernement, à l'occasion de l'intronisation d'un nouveau député du Loir-et-Cher, suppléant de Momo - Maurice Leroy nouveau ministre de la Ville, qui lâche donc son siège pour un banc (des accusés ? à suivre...).

Spectacle grand guignolesque garanti, surtout qu'un député posa une question à Frédéric Lefevre, et ça ça promet plus que du guignol...

 

 

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                                                             - guignols ? -

 

 

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                                                         - David Douillet (sans pièces jaunes) -

                   

 

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                                                              - rentrée des classes -

 

 

 

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                                                                  - parce qu'il le vaut bien -

 

 

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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 18:34

 

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                                 - au premier plan, des cornichons. Au second plan, un héros très discret -

 

Vous ne le croirez jamais, mais on a bu du beaujolais nouveau au commissariat. En bonne compagnie. Mardi 30 novembre dernier, à l’invitation du directeur départemental de la Police, et en présence du préfet et de madame la procureur de la République, neuf gardiens de la paix étaient à l’honneur. Cinq stagiaires sortis de l’Ecole de police  qui ont choisi Blois comme première affectation (mais pourquoi donc ?). Trois gardiens de la paix reçus au concours d’OPJ (Officier de police judiciaire). Enfin, récompensé par la médaille pour acte de courage et de dévouement, Bernard* (photo, au centre), qui sauva d’une noyade certaine un désespéré en se jettant dans la Loire le 24 juillet dernier. L’eau était sans aucun doute plus chaude que ce 30 novembre, mais la dégustation de beaujolais et de charcuterie qui a suivi a chauffé l’ambiance.

 

Mûre ou cassis, le beaujolais a toujours un goût. Sortis libres de ce bistrot d'un jour, nous avons quant à nous veillé à ne point trop en boire afin que celui-ci n’ait pas, en sortant, un goût de prune...

 

* le prénom a été modifié

 

 

reduit IMGP0520 recadré

 

                                                  - Y a du blanc, y a du rouge et du pâté -  

 

 

 

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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 14:07

 

 

 

Preuve que les personnes sans domicile fixe ont du cœur : celui-ci peut s’arrêter d’un moment à l’autre, comme tout le monde. Si on ne partage pas toujours leur triste sort, nous sommes unis dans notre condition de mortels. Ici, (clique là dessus) fin janvier, nous vous parlions des légumes à volonté du Flunch que venaient manger deux d’entre eux rencontré au hasard de pérégrinations alimentaires. Jean-Louis, l’ex parachutiste qui se souvenait avoir défilé sur les Champs Elysées en 1975 avec le 3è RPIMa (une photo écornée l’attestait), est mort d’un arrêt cardiaque dans un hôpital haut-normand il y a quelques jours. Nous l’avons appris de la bouche même de son acolyte, désormais seul devant son plat du jour – carafe de rouge chez Flunch. Pas de quoi fluncher  me direz-vous. Sauf que… Il s’était passé quelque chose entre nous qui m’avait profondément touché, ce jour-là, dans cette conversation de fond de verre, en plein froid hivernal, dans cette salle à manger où se presse la fameuse « France d’en bas », ignorée d’en haut. Parce qu’il y fait chaud. Parce qu’on ne les y emmerdait pas. Parce que c’est pas cher et qu’on peut se resservir. Parce que d’autres raisons que nous n’avons pas su.
Aujourd’hui, en croisant Dominique, moustache toujours fournie et figure bonhomme, j’ai bêtement demandé des nouvelles de Jean-Louis. « Il est parti », a-t-il lâché, laconique. Comme il avait évoqué son départ de la ville pour rejoindre un vague cousin agriculteur, j’ai d’abord pensé à ça. « Non, non, il est parti. Il est mort. Arrêt cardiaque. A l’hôpital ». Je ne sais pas pourquoi, mais les jambes ont tremblées sous moi comme si c’était un vieux copain qui était parti. La rencontre avait été riche – c’est tout ce qu’ils possèdent – et je les croisais souvent près du clos St-Marc assis sur un banc, attendant que la température se réchauffe et accélérant même son retour avec un litron de rouge. Pas de quoi pavoiser, juste « deux SDF » qui attendent l’ouverture du foyer Boulingrin où ils tenteront de trouver le sommeil, entre deux cris de Roumains et ronflements d’autres errants.
Alors voilà. Pas de quoi pavoiser, ni fluncher. Juste se remémorer ses mots, son petit sac marin avec toute sa fortune, la photo des paras défilant sur les Champs devant Giscard président de l’époque. Et l’oubli. Jusqu’à la terre où il repose désormais. La seule à lui ouvrir les bras, peut-être.

 
En face de moi, un homme – car c’en est un – au visage rougeau et aux yeux humides. Et les mots qui me manquent, comment viendraient-ils ? Où iraient-ils ? Pour qui sont-ils ?
Je vois les Champs Elysées, les paras, les ors de la République, cette chienne qui oublie si vite ses féroces soldats. Et, en guise de combattant inconnu, la tombe de Jean-Louis, probablement enterré au carré des indigents. Là où ceux qui n’ont rien retournent à la terre qui les a enfanté, gratis.

 


Cette page est pour lui, pour sa maigre vie. Pour éviter l’oubli, peut-être.

 



 

 

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Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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